«La farce de la cochonne» est une farce donc, mais de celles qui multiplient les clins d'œil au genre. L'auteur Ariano Suassuna, fringant septuagénaire, grande figure de la culture brésilienne encore peu connue sous nos latitudes, affectionne ce type d'action et de personnages au point d'en exacerber les traits distinctifs.

Ainsi ici, les situations sont embrouillées jusqu'à la jubilation, les personnages ont la netteté d'ex-voto de bazars des tropiques, le comique de situation fonctionne comme une machine surchauffée. On reproche parait-il souvent à l'auteur son trop grand respect des formes classiques. On l'imagine sans mal rétorquer que la farce est un exercice de mise à nu inépuisable. Et les canevas traditionnels, des points de départ jouissifs pour de petites explorations de l'âme de ses contemporains.

La farce de la cochonne reprend le thème de l'avare cher à Plaute et à Molière. On retrouve le tyran domestique obnubilé par sa caissette qui devient ici une tirelire en forme de cochonne joufflue. Ariano Suassuna transpose le synopsis de base dans sa région natale, le Nordeste. Un Nordeste qui est au Brésil ce que Marseille est à la France ou ce que Naples est à l'Italie: un coin de terre où le théâtre se pratique au café, chez le boucher et aux tablées familiales. Le texte original de la pièce reproduit les expressions typiques de la région reconnaissables par tout Brésilien.

Les comédiens réunis par Mathieu Chardet pour la création en français ont sauté dans le torrent agité de l'univers de Suassuna avec un plaisir évident. Ils relèvent le défi de la farce avec panache. Car il s'agit d'allier exercice de composition et de clown sans tourner à vide, sans rester à la surface.

Bernard Escalon dans le rôle de l'avare Ericon, fou d'amour pour sa truie de tirelire et pour saint Antoine de Padoue; Catherine Bœuf dans celui de la bonne, pivot de la maisonnée, maîtresse femme éprise d'un bon bougre roublard, interprété par Jef Saintmartin; Sophie Bonhôte, dans celui de la vieille fille rassise qui s'allume tel l'Etna quand on lui fait croire que son premier amour, Eduardo (Vincent Aubert), revient la demander en mariage; et les jeunes premiers, rôles souvent ingrats parce que très convenus, incarnés par Joëlle Fretz et Gilbert Dagon: toute l'équipe utilise l'art du clown comme des impulsions de départ à des envolées burlesques qui font mouche.

Lisbeth Koutchoumoff

La farce de la cochonne, d'Ariano Suassuna, Théâtre du Loup-Genève, rens. 022/ 301 31 00. Jusqu'au 30 août. Relâche le lundi.