«Si Mix & Remix sont peintres, moi je suis gynécologue.» Histoire ou légende, la phrase est attribuée à Pierre Keller. Un connaisseur donc. Aujourd'hui Mix & Remix, alias Philippe Becquelin, revient sur le lieu des premiers crimes, à savoir sa terrible ville natale de Saint-Maurice. La faute à une démilitarisation accélérée qui a aussi touché le musée militaire installé dans le vénérable château à l'entrée du défilé. Que faire d'un château vide? «Y créer des expositions en lien plus ou moins direct avec Saint-Maurice», répond le nouveau conservateur Jean-Pierre Coutaz, prof de dessin au collège de l'Abbaye. C'est pourtant un chanoine qui a attiré l'attention du prof de dessin sur Mix & Remix.

«L'Agaunois le plus connu» représente une aubaine et une évidence pour une première exposition. Au départ, pourtant, l'idée n'enchantait guère le dessinateur de L'Hebdo: «J'avais un souvenir de ce château, de tous ces uniformes militaires, je n'arrivais pas à me les sortir de la tête, et puis Saint-Maurice, c'est aussi l'Abbaye, tous ces chanoines, bref tout ce que les étrangers nous envient. Je me suis dit mon Dieu, ça va être sinistre. Mais maintenant je suis content d'être là, c'est la première fois que j'ai tout un bâtiment pour moi, c'est l'expo de ma vie.» Il s'agit bien en effet d'une rétrospective incluant toiles, affiches, cartes postales, les fameux petits personnages au gros nez bien sûr, mais aussi leurs cousins de la galaxie Mix & Remix, comme la Reine des Suisses ou les squelettes croqués dans des activités très quotidiennes «pour se demander si l'existence est aussi nulle après la mort qu'avant». Pour le fameux pseudonyme Mix & Remix, Philippe Becquelin avoue tenir plusieurs explications à disposition. Celle qu'il a servie hier en valait une autre: «Au début, j'utilisais beaucoup la colle, les ciseaux, je dessinais essentiellement pour les milieux de la musique, Couleur 3, la Dolce Vita, l'idée de mixage s'est imposée.» Remix, au temps du travail à quatre mains, c'était son épouse, avant qu'elle ne se consacre à des tâches plus subtiles et compliquées, comme la mise au monde de Trimix puis Quadrimix.

Des petits personnages signés Mix et Remix, aujourd'hui, on en trouve partout. L'artiste a même été invité à décorer le saint des saints, à savoir le carnotzet du Conseil d'Etat valaisan. Ses créatures ne reculent devant rien, se glissent jusque dans les cachots du château, s'avancent même aux abords de la seule salle réservée encore à l'histoire militaire. Ou quand les gros nez narguent les grosses nuques. Et le monde entier. Ils ont un tel culot, les gros pifs, un tel aplomb, ils sont si vilains que leurs sarcasmes perpétuels englobent aussi, par miroir, leur créateur, lui et nous rappelant qu'il n'est ni un prophète, ni un juge, ni un prêcheur, ni un idéologue, mais un dessinateur simplement. C'est pourquoi sans doute le trait, la plume, le jet, la pique, la pointe, l'arme qu'on voudra, fait mouche à quasi chaque fois. Et c'est ce qui différencie assez radicalement Philippe Becquelin de ses estimés confrères.

Mix & Remix au château, exposition du 22 mars au 25 septembre, château de Saint-Maurice, ouvert de 11h à 17h sauf le lundi. Rens. 024/485 40 40.