Savoir-faire… Dès les premières minutes du Pain de la veille, 39-45 cabaret de guerre – ou comment les femmes suisses ont fait tourner le pays, travaillé à l'usine, conduit les tramways, pendant que les hommes étaient mobilisés aux frontières, mangeaient fondues sur fondues pour tuer le temps et que les hauts responsables répétaient d'un ton docte «il ne faut pas jouir mais produire» –, ce mot, savoir-faire, vient à l'esprit.

Figurer beaucoup avec presque rien

L'équipe du Théâtre musical de Lausanne (Anne-Marie Delbart à la mise en scène, Heidi Kipfer, Marie Perny, Anne-Marie Yerly sur scène et Daniel Perrin à la direction musicale) possède l'art du cabaret: cette façon de faire tenir ensemble textes et chansons, d'en faire un corps nouveau, alerte et doté d'un esprit bien à lui; cette façon aussi de figurer beaucoup avec presque rien (un parapluie, une corde à linge et un décor imaginaire se projette dans les esprits); ce jeu des comédiennes-chanteuses qui campent des personnages en quelques indices comme la manière de bouger les doigts pour saluer le départ du mari ou de porter haut le menton face au patron rabat-joie.

Le choix des textes – archives, témoignages – et des chansons – Jean Villard Gilles, Fréhel, Ray Ventura – tisse une évocation mordante de la période où il fallait manger le pain de la veille, plus dur, pour éviter d'en manger trop à la fois. Où l'on apprend aussi que les femmes ont été les premières ravies de redonner les rênes aux hommes, «on n'allait pas continuer à porter toutes ces responsabilités…» L'interprétation de Je suis swing et de Sombreros et mantilles sont deux moments jouissifs de la soirée, n'en déplaise aux docteurs-la-vertu d'alors.

Le pain de la veille, Le Poche-Genève, loc. 022/ 310 37 59.

Jusqu'au 19 avril.