En 2014, on apprenait que Ryoji Ikeda allait collaborer avec le CERN pour faire du «traitement et de l’analyse de ses données une source d’inspiration», selon les termes du communiqué des scientifiques genevois. Ça vous pose un homme. Mais il est vrai que l’univers de l’artiste japonais a de tout temps cultivé des liens avec l’imaginaire mathématique, la représentation (visuelle et sonore) des ondes, et la musique considérée comme une vaste figuration algébrique. En ont résulté des œuvres millimétrées, englobantes, capables de chatouiller les recoins les plus insoupçonnés du cerveau.

Pour la Bâtie, Ikeda a promis un renouvellement certain en ayant répondu favorablement à une commande du collectif de percussion contemporaine genevois Eklekto – la performance sera donnée ce samedi dès 20h30 au Théâtre Pitoëff. Travailler sur une source acoustique – coups sur peau tendue –, s’appuyer sur ces propriétés physiques particulières pour donner corps à une partition et à une œuvre, c’est pour Ikeda une première.

Une première commande dans le domaine de l’électro

Renversée, la proposition vaut également pour Alexandre Babel, directeur de l’ensemble genevois. Joint au téléphone, il commente: «C’est la première fois que je passe commande d’une œuvre à une figure du monde électronique – et à quelqu’un qui, pour le coup, est allé vraiment très loin dans la facture du son.»

L’offre était risquée: Ryoji Ikeda, comme compositeur phare et célébré de la grande famille de l’électronisme, n’est pas forcément familier des spécificités de la percussion acoustique – c’est quelqu’un qui pense la musique, et pas quelqu’un qui la bat. «Je me suis beaucoup demandé, poursuit Alexandre Babel, comment il allait appréhender cette source-là. J’ai surtout eu peur qu’il en reste au sentiment de fascination que procure la découverte.» Tel ne semble pas avoir été le cas, selon le patron d’Eklekto. Un feu d’artifice sensoriel s’annonce.

POL à l’Abri

Ce même week-end, à l’Abri (place de la Madeleine; samedi à 16h et 18h, dimanche à 15h, 17h et 19h), La Bâtie invite un incontournable de la scène genevoise, qui au fil des années a égrené son savoir électronique, tour à tour pilonnant ou enveloppant, sous de multiples identités et au gré d’autant de collaborations: Robor, Sunisit (avec Cesare Pizzi, de The Young Gods) ou Aeroflot (avec Goodbye Ivan). Mais c’est sous son nom le plus commun que POL s’est proposé cette année de remodeler le «Hoodoo Zephyr» de John Adams, compositeur invité de La Bâtie pour cette édition 2016.

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La relecture qu’en effectuera POL porte pour titre «DryHope»: elle nous est présentée comme «immersive», ce dont on ne saurait douter tant au regard des qualités de l’œuvre originale que des penchants de son interprète second.

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