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«Modus», la série suédoise qui vise le monde

Dès ce mercredi, la RTS montre la (mauvaise) deuxième saison de la série policière suédoise. En embauchant Kim Cattrall («Sex and the City»), et en misant sur une parité suédois-anglais, le feuilleton tente d’élargir son accès au marché mondial

La première saison de la série policière suédoise Modus présentait un contraste qui la rendait singulière. Sur le plan de l’intrigue, les concepteurs s’en tenaient à un minimalisme peu banal. On ne dévoile rien en disant qu’après une série de meurtres en apparence non liés, la piste suggérée par la profileuse Inger Johanne (Melinda Kinnaman) restait la bonne.

Le premier crime avait lieu en présence de la fille, autiste, de l’héroïne. Celle-ci, qui revenait de quatre années passées auprès du FBI à Washington, allait faire équipe avec le policier Ingvar (Henrik Norlén). Pas de coup de théâtre, une trame tendue mais sans surenchère; c’était le bon côté de la première saison de Modus. En revanche, sur le plan formel, la pesanteur de la réalisation plombait rapidement la proposition.

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Scénario linéaire, réalisation outrancière

Le tueur – rien de secret, il apparaît tout de suite – était montré dans de terrifiants plans fixes dignes d’un Michael Myers d’Halloween, avec ou sans masque. Les surprises visuelles de rigueur étaient soulignées par une batterie d’effets sonores et musicaux.

Modus fonctionnait ainsi sur deux polarités extrêmes, un scénario sans chichi, une réalisation outrancière. Ecrite par Mai Brostrøm et Peter Thorsboe, la série s’inspire des romans d’Anne Holt, l’une des plumes très populaires de Suède.

La RTS montre dès mercredi 4 juillet la deuxième saison de Modus. Pour la petite histoire, le feuilleton est passé sous pavillon C More, un site suédois de streaming qui croît rapidement. La chaîne de TV historique reste coproductrice, mais elle n’a désormais que la deuxième diffusion.

La présidente des Etats-Unis disparaît

Le point de départ de la deuxième saison donne une dimension internationale à Modus. La présidente des Etats-Unis fait une visite d’Etat en Suède, début d’une tournée européenne. Elle est présentée comme très à gauche et ultra-féministe. Surtout, elle disparaît le soir de son arrivée, ce qui est fâcheux. Dans son entourage figure un douteux haut responsable du FBI, une sorte de Weinstein du renseignement, avec lequel, précisément, Inger Johanne a travaillé naguère, et a vécu une marquante confrontation.

Modus ne convainquait déjà pas en première saison, et la situation s’aggrave. Rien n’est vraiment crédible dans cette éclipse présidentielle due, peut-être, à l’ultra-droite – ou un autre camp, on s’en moque. Les quelques rares bonnes idées (Américains et Suédois s’espionnant en parallèle) sont gaspillées, tandis que les invraisemblances et les détails sans pertinence s’empilent.

Comment internationaliser une série?

L’intérêt est ailleurs; dans la manière dont la série vise le marché international. Il n’y a pas que son intrigue à porter les enquêtes d’Inger Johanne à un niveau mondial, les producteurs eux-mêmes le souhaitent. De manière classique, cela commence par la distribution; dans le rôle de la présidente, Kim Cattrall, loin de la délurée Samantha de Sex and the City; dans celui du fourbe agent secret, Greg Wise, à la carrière cinématographique copieuse, qui fut notamment Lord Mountbatten dans The Crown.

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L’expérience va cependant un peu plus loin, dans la répartition linguistique au sein de la fiction. Celle-ci atteint presque une parité entre suédois et anglais. Dans la presse spécialisée, des responsables de C More ont dit vouloir essayer d’élargir, de cette manière, le terrain d’exportation de la série.

Du Danemark – le creuset du boom des séries nordiques – à la Norvège en passant par la Suède, les Scandinaves considèrent que tourner en anglais serait une erreur fatale, ôtant à leurs fictions leur réalisme fondamental, leur crédibilité organique. Comment leur donner tort? Mais dans le marché global des séries, avec des réussites comme Versailles (tournée en anglais), le débat prend de l’ampleur. Modus tente un compromis. Elle devient ainsi une série mauvaise, mais intéressante.

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