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«Mohenjo Daro», aux sources mythiques du Gange

Situé en Inde il y a quatre millénaires, ce merveilleux péplum déborde d’aventure, d’exotisme, de nobles sentiments et de danses étourdissantes

En l’an 2016 avant J.-C., trois pirogues de roseau remontent prudemment un fleuve aux parois encaissées. Surgit un crocodile. Un monstre comme celui qui hante Peter Pan, véritable résidu du Crétacé. L’impavide Sarman (Hrithik Roshan) saisit son trident. Le saurien s’empale sur l’arme et entraîne le héros dans les profondeurs, tel Moby Dick conduisant Achab vers l’abysse. Surman refait surface et le village fête celui qui vaincu le gavial. L’athlétique jeune homme est pourtant morose. Il rêve de découvrir la grande ville, Mohenjo Daro. Quand son oncle l’autorise enfin à s’y rendre, Surman part plein de grandes espérances et muni d’un sceau de cuivre frappé d’une licorne. A peine a-t-il installé son étal sur le marché que son regard croise celui de Chaani (Pooja Hegde). Entre le modeste cultivateur d’indigo et la prêtresse de haute lignée, le courant passe. En plus, le lendemain, Surman lui sauve la vie en arrêtant quatre chevaux fous qui la chargeaient…

Danses éblouissantes

Voir Mohenjo Daro, c’est recouvrer ses facultés d’émerveillement. Eprouver à nouveau le plaisir enfantin de rire et de trembler avec des personnages archétypaux, tester l’efficacité de ressorts dramatiques millénaires. Le cruel Maham (Kabir Bedi) gouverne la ville d’une main de fer. Il a détourné la rivière afin d’exploiter un filon aurifère lui permettant d’acquérir des glaives pour mener l’assaut contre la ville voisine, Harappâ. Il veut lever de nouveaux impôts et marier Chaani à son brigand de fils. Surman se dresse contre le tyran. Il sort victorieux de l’arène où il affronte deux géants anthropophages des montagnes du Tadjik.

Il y a quinze ans, Ashutosh Gowariker avait transporté la Piazza Grande de Locarno avec Lagaan. Cette très libre transposition des aventures d’Astérix dans l’Inde du 19e siècle raconte comment un petit village résiste à l’envahisseur britannique en le défiant sur son propre terrain, le cricket. Le film avait soulevé l’enthousiasme. Le réalisateur indien a renouvelé l’exploit cette année avec son péplum masala. L’intrigue romanesque s’efface à deux reprises devant des chorégraphies éblouissantes. Il y a d’abord le carrousel halluciné des marchands venus de Babylone, d’Egypte, de Mongolie, un kaléidoscope de tissus colorés et d’exotisme antique. Puis la Danse de la pleine lune, pleine de grâce et d’humour, où, sous des masques animaux, les soupirants, approchent de virginales fiancées.

Vision de licorne

Contrairement à l’heroic fantasy qui relève d’une géographie et d’une temporalité imaginaires, la superproduction d’Ashutosh Gowariker s’inscrit dans un contexte archéologique documenté. Mohenjo-daro était un site important de la civilisation de la vallée de l’Indus à l’âge du cuivre. Le réalisateur a consulté des historiens et des archéologues pour répondre à deux questions: la période a-t-elle un sens pour l’époque contemporaine et parle-t-elle au public?

En ces temps reculés, la mythologie reste consubstantielle à l’histoire. Les scènes de déluge et d’inondation, ainsi que Surman conduisant son peuple vers la Terre promise renvoient à des récits consignés dans la Bible et autres textes sacrés. Quant à la licorne, son animal tutélaire, que Pline désigne dans son Histoire naturelle comme «cerf du Gange», elle apparaît au bord du nouveau fleuve. Le tueur de gavial le baptise «Gange».


Mohenjo Daro, d’Ashutosh Gowariker (Inde, 2016), avec Hrithik Roshan, Pooja Hegde, Kabir Bedi, 2h33

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