Cinéma

«Mohenjo Daro»: la guerre de Harappâ n’aura pas lieu

Quinze ans après le triomphe de «Lagaan», Ashutosh Gowariker est de retour sur la Piazza avec un merveilleux péplum bollywoodien

L’édition 2001 du festival de Locarno a connu un moment de grâce avec la projection de Lagaan-Once Upon A Time in India sur la Piazza Grande. Un pari risqué: le public n’est pas toujours réceptif au kitsch bollywoodien, le film dure 3h40 et il est consacré au cricket, une activité hermétique à tout individu dépourvu de gènes britanniques.

Et puis le miracle a eu lieu. Les spectateurs les plus sceptiques ont été transportés par un irrésistible tourbillon de couleurs, de chansons, mais aussi une intrigue palpitante. A la fin du XIXe siècle, dans le Gujarat ruiné par la sécheresse, de pauvres paysans n’arrivant plus à payer l’impôt céréalier (le «lagaan») défient l’occupant britannique sur son propre terrain: le cricket.

A force de volontés, les gueux infligent une ahurissante défaite aux sujets de sa Gracieuse Majesté…

Quinze ans plus tard, Ashutosh Gowariker revient sur le terrain de ses exploits avec Mohenjo Daro, un nouveau film-fleuve enthousiasmant. Regard clair, taille fine, Sarman (Hrithik Roshan, une des plus grandes stars du cinéma hindi) est cultivateur d’indigo dans un petit village. Il est irrésistiblement attiré par Mohenjo Daro, la grande ville. Son oncle l’autorise finalement à s’y rendre. A peine est-il arrivé que son regard croise celui de Chaani (Pooja Hegde), la fille du grand prêtre qui est belle comme le jour. Le lendemain, il lui sauve la vie en arrêtant quatre étalons débridés qui la chargeaient…

Rêve de licorne

Faut-il le préciser? Dans Mohenjo Daro, tous les archétypes du romanesque sont convoqués, tous les ressorts dramatiques activés. Il y a le bon gros copain raisonneur, la suivante finaude, le cruel potentat qui veut marier son fils à la fille du prêtre, anéantir Harappâ, la ville voisine, lever de nouveaux impôts… Surman se dresse contre le tyran et c’est sans surprise qu’on découvre son ascendance princière…

Mais par son rythme, la grandeur de sa mise en scène, la splendeur des couleurs, la beauté et la grâce des héros, le film suscite une suspension immédiate et durable de l’incrédulité. On tremble pour Chaani, condamnée à un mariage forcé, ou pour Surman, soumis à l’épreuve de Bakar et Zokaar, deux géants anthropophages des montagnes du Tadjik. Et lorsque tout le monde, marchands venus des quatre coins de l’Orient, notables et jeunes vestales malicieuses se mettent à chanter et danser, c’est un enchantement irrésistible, un carrousel gracieux de voiles frémissant ou bourgeonnant comme des champignons chatoyants.

Ce péplum masala se base sur des faits historiques. Mohenjo-daro est un site important de la civilisation de la vallée de l’Indus à l’âge du cuivre. En y rassemblant des Sumériens aux barbes carrées, des Egyptiens sophistiqués, des Mongols et leurs formidables montures, Ashutosh Gowariker évoque le raffinement des civilisations précédant Athènes et Rome.

En ces temps où l’histoire ne s’est pas encore dégagée de la mythologie, les scènes de déluge et d’inondation rappellent des légendes consignées par d’autres cultures. Surman rêve d’une licorne. La bête fabuleuse apparaît in fine au bord du fleuve créé par la rupture de la digue. Ce vaste cours d’eau, Surman le baptise «Gange». Le merveilleux divertissement est aussi un récit fondateur.


Locarno, Piazza Grande, sa 13, 21h30

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