Drame

Moi, j’ai deux mamans

Film chilien, «Rara» de Pepa San Martin observe un cas de changement d’orientation sexuelle maternel du point de vue d’une fillette de 13 ans. Une jolie réussite

«Tout va bien! – The Kids Are all Right» clamait un amusant film indépendant américain de Lisa Cholodenko (2010), à partir d’un cas extrême de famille moderne: les enfants d’un couple lesbien, conçus par insémination artificielle, y retrouvaient leur père biologique. Au Chili, société plus conservatrice que celle de Californie, on n’en est pas encore là. D’où un film plus mesuré, «Rara», imaginé à partir du cas d’une juge, Karen Atala, divorcée d’un avocat et partie vivre avec ses filles et sa partenaire. S’ensuivit une longue bataille judiciaire autour de la garde des enfants, susceptibles ou non d’être perturbés par une telle situation familiale.

Cinéaste engagée dont c’est là la première oeuvre, Pepa San Martin a eu la bonne idée d’en tirer un film léger et plein de sensibilité. Il ne s’agit plus de l’affaire qui a défrayé la chronique, mais de gens comme vous et moi, vus par une enfant. Dans la cité balnéaire de Vina del Mar, près de Valparaiso, Sara et sa petite sœur Catalina vivent avec leur mère Paula et sa partenaire, la vétérinaire Lia. Même recasé, leur père Victor n’apprécie pas trop cette situation et préférerait que ses filles aient une vie de famille «normale». Quant à Sara, elle a bien d’autres soucis, entre l’école, son corps qui se transforme et ses premiers émois…

Souffrance silencieuse

Coécrit avec une collègue, Alicia Scherson, «Rara» ne possède pas la singularité des films de cette dernière («Play», «Turistas», «Il futuro»). Mais c’est précisément l’approche la plus quotidienne et le point de vue enfantin qui forgent sa réussite. Du couple composé par Paula et Lia, on ne verra ainsi guère que l’organisation domestique avec les fillettes. Encore petite, Catalina se concentre sur l’adoption d’un chat errant. Mais le monde des adultes déconcerte Sara, entrée dans la préadolescence. Alors, elle commence à faire des «bêtises».

De son côté, le père n’est pas présenté comme «le méchant», juste un homme un peu faible qui finit par se cacher derrière la tradition et la loi. De même, la pression sociale (un dessin de Catalina alerte les autorités scolaires) restera insidieuse et l’histoire s’achèvera avant le tribunal. Car ce qui compte pour l’auteure, c’est la souffrance silencieuse de Sara, première victime des non-dits d’une société qui préfère encore l’hypocrisie à l’acceptation d’une diversité réelle, avec laquelle les enfants savent en général s’accommoder.


Rara, de Pepa San Martin (Chili – Argentine 2016), avec Julia Lübbert, Emilia Ossandon, Mariana Loyola, Agustina Munoz, Daniel Munoz, Sigrid Alegria, Coca Guazzini, Micaela Cristi. 1h28

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