Exposition

Le MoMa par lui-même, un autoportrait à la Fondation Louis Vuitton

Plus de 200 pièces maîtresses du plus grand musée d’art moderne du monde occupent tout le bâtiment construit par Frank Gehry pour un éloge de la philanthropie culturelle

Etre moderne: le MoMA à Paris poursuit la démonstration de puissance commencée par la Fondation Louis Vuitton peu après son ouverture avec l’exposition Les Clefs d’une passion (2015) qui réunissait une soixantaine de chefs-d’œuvre venus des plus grands musées et réitérée plus récemment avec la reconstitution de la collection Chtchoukine (2016-2017) grâce aux prêts des institutions russes dans lesquelles elle est dispersée.

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De chefs-d’œuvre, l’exposition Etre moderne n’en manque pas. Le contraire aurait été surprenant vu que le musée new-yorkais possède la plus riche collection d’art moderne et contemporain du monde, avec 195 000 objets, dont beaucoup sont superlatifs.

Le MoMA en a amené quelques-uns à Paris, de Cézanne, de Picasso, de Matisse, de Klimt, de Brancusi, de Hopper, de Mondrian, de Rothko, de Nauman, de Warhol – n'en jetez plus!– mais aussi quelques travaux plus récents, dont la présence signifie que le MoMA n’est pas qu’un établissement patrimonial mais qu’il accueille aussi les techniques les plus récentes ou les œuvres créées hors d’Europe et des Etats-Unis.

Transversalité

Si Etre moderne: le MoMA à Paris est une démonstration de la Fondation Louis Vuitton, c’en est aussi une de la part du Museum of Modern Art au moment où il entreprend des travaux pour augmenter considérablement ses surfaces d’exposition (ouverture prévue en 2019).

C’est d’abord un éloge, bienvenu dans une fondation privée, du rôle joué par les collectionneurs, les donateurs et les philanthropes dans la défense de l’art moderne au XXe siècle. C’est ensuite l’illustration de la transversalité pratiquée par le MoMA depuis sa création en 1929: la peinture et la sculpture y côtoient la photographie, le cinéma, la musique, l’architecture ou le design. C’est enfin une réflexion sur l’évolution d’une vision de l’art installée par son premier directeur, Alfred H. Barr, avec Machine Art en 1934 ou Cubism and Abstract Art en 1936; d’où les nombreux espaces consacrés à la documentation et à la chronologie.

Du fauvisme à l’abstraction

En 1936, Alfred H. Barr dessine pour la couverture du catalogue de Cubism and Abstract Art un schéma qui résume l’histoire de la peinture et de la sculpture de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1930, du fauvisme et du cubisme et de leur ouverture aux influences extérieures comme les arts japonais et africains jusqu’au triomphe de l’abstraction géométrique et non géométrique.

En visitant l’exposition de la Fondation Vuitton, il n’est pas difficile de se rendre compte que ce schéma imprègne encore les esprits car il confère une logique aux relations entretenues par les mouvements artistiques au cours du demi-siècle qu’il couvre. Cette logique est fondée sur une vision évolutionniste, progressiste, centrée sur l’Occident, qui correspond à la fois à l’apogée terminal de la période coloniale et à la persistance du positivisme scientifique.

Intégrations plurielles

C’est cette idéologie qui a soutenu l’histoire du MoMA et celle de la plupart des musées dans les pays développés jusqu’à une période récente. Etre moderne: le MoMA à Paris en décrit à la fois l’efficacité politico-culturelle et l’épuisement. «[La] presque hégémonie [du MoMA] a imposé la fable d’un (possible) musée d’art moderne universel dont les responsables ont aujourd’hui pris conscience de l’obsolescence», écrit Suzanne Pagé, la directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton.

Elle ajoute: «Une formidable énergie émerge alors de l’intégration lucide d’identités plurielles: les femmes, les Afro-Américains, l’Amérique latine, l’Europe de l’Est, ainsi que de nouveaux questionnements critiques, sociaux, économiques et politiques. Stratégie particulièrement significative venant des Etats-Unis.»

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Autre histoire

On ne saurait mieux dire. Autrefois tout était simple. L’art véritable était né en Occident et son histoire était une perpétuelle marche en avant où les individus et les mouvements tentaient de surpasser leurs prédécesseurs en y parvenant quelques fois.

Aujourd’hui, l’universalisme, obsolète bien sûr, d’institutions culturelles écrivant l’histoire de l’art à partir de leur propre monde est remplacé par un nouvel impératif, par un globalisme censé intégrer l’ici et l’ailleurs, le semblable et le différent. C’est une autre histoire, mais c’est aux mêmes endroits qu’elle s’écrit, au MoMA de New York, ou à la Fondation Vuitton dans une exposition passionnante parce qu’elle montre qu’une idéologie dominante est capable de changer pour continuer à dominer.


«Etre moderne: le MoMA à Paris. Fondation Louis Vuitton», 8 avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris.

Informations et réservations: www.fondationlouisvuitton.fr. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 11 à 20h (vendredi de 11 à 21h, samedi et dimanche de 9 à 21h). Jusqu’au 5 mars 2018.

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