Livre

Le monde de «Downton Abbey» exploré par le détail

La nièce de Lord Jullian Fellowes, le créateur du feuilleton anglais, a écrit un copieux ouvrage. Récemment traduit, il évoque l’époque du manoir, de 1912 à 1939. Une somme au service d’une série qui réussit à être attachée à son cadre en évitant tout passéisme

L’ouvrage peut constituer un aimable cadeau de Noël, si l’on est sûr du goût de la personne à qui on l’offre. Les éditions Charleston ont récemment traduit en français «Le Monde de Downton Abbey», de Jessica Fellowes, une somme sur cette série qui conte les jours et les nuits d’un manoir anglais, de ses maîtres comme de leurs personnels de maison, dès l’année 1912. Les guides dits «officiels» pour les séries du moment ne manquent pas, mais la démarche de l’éditeur original se singularise par l’ambition du projet.

Le livre comporte bien sûr les passages obligés d’un tel exercice, tels que la description minutieuse des différentes composantes du feuilleton, la famille du comte de Grantham, la vie des domestiques – y compris l’horaire quotidien de l’une d’elles –, la recension des espaces et ustensiles composant l’immense cuisine, des notes détaillées sur les costumes, ainsi que des citations souvent intéressantes des acteurs et de la production. Le propos de l’auteure, qui est la nièce du créateur de la série lord Julian Fellowes, s’enrichit grâce à une attention, voire un attachement, à cet univers et à cette période. «Downton Abbey», le feuilleton, réussit en effet le coup de force de susciter l’intérêt pour ce sujet précis, seigneurs et valets, grâce à une subtile combinaison de soucis des deux classes.

L’analyse de Jessica Fellowes se fait instructive, en utilisant les protagonistes et épisodes des deux premières saisons de la série pour aborder des thématiques de cet entre-deux-guerres mondiales anglais, les suffragettes, les parcours professionnels des employés de ces châteaux, ou l’installation de certaines technologies comme le téléphone ou la radio. Le parcours de Sybil, la fille du comte qui veut jouer un rôle actif pendant la Première Guerre mondiale, fait l’objet de pages documentées sur les hôpitaux de guerre situés en territoire britannique, et sur les actions de la Croix-Rouge.

Ainsi, le livre épouse le ton particulier de «Downton Abbey», évocation précise et empathique, qui n’encense ni n’incendie son sujet. Dans une préface, Julian Fellowes raconte la genèse de la série, après l’échec d’un précédent projet, puis l’idée d’un retour au film «Gosford Park», de Robert Altman, qu’il avait écrit en 2001. Il relève que «la télévision offre des possibilités bien plus vastes qu’un simple film, car une série télévisée n’a pas de limite de durée et l’on peut fignoler chaque personnage aussi longtemps que l’on veut».

Surtout, le scénariste évoque sa grand-tante, ces temps révolus, et sa passion pour les manoirs, «un monde en soi, un ensemble autarcique», reflet d’un mode de vie, celui des héros de son feuilleton, «qui a pratiquement disparu en 1939». Avec la chute d’une certaine aristocratie, laquelle a «jeté l’éponge», se détournant de ces «monuments du passé». Avant qu’une nouvelle génération de propriétaires terriens ne les réinvestissent, et les revalorisent. «Downton Abbey» a cette subtilité, de raconter une tranche d’histoire en cherchant à mieux la comprendre plutôt qu’à la regretter. De narrer un passé sans passéisme.

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