En amont de trois jours de musique, l'amour de la voix et une aspiration ancestrale. Celle de relier, par le chant, les hommes à la terre et aux forces qui les dépassent. La voix comme un fil tendu. Pour sa quatrième édition, de vendredi à dimanche à Lausanne, le Festival Voix sacrées du monde a reconduit sa quête de sacré. Qu'est-ce que le sacré aujourd'hui? La définition échappe, se multiplie. A l'image de ce festival qui puise, à des sources polymorphes, les sacrés.

Moments de réjouissance

Face à l'éventail des expressions, Voix sacrées du monde laisse la question ouverte. D'un côté, le rituel le plus corporel et le plus dépouillé (le chant des Amérindiens restitué par l'approche ethnomusicologique de Sylvie Blasco et Jorge Lopez Palacio), dont «l'exotisme» questionne immanquablement le bien-fondé d'une exportation vers la scène de spectacle. A l'autre extrême, la reconstitution hybride, avec la création Laudario da Cortona de Sylvia Malagugini, qui combine musique ancienne (celle du XVIIIe siècle italien), chants séculaires religieux, instrumentations orientales et sonorisation flatteuse: vision d'un certain sacré version 2002, rassurant, édulcoré ici et là, jamais contraignant.

Entre le très ancré et le très emballé, de vrais moments de réjouissance. Ainsi le solo d'une voix corse, soutenue par les timbres de l'Ensemble Tavagna. Et, dans la version géorgienne et orthodoxe de cet art panchrétien qu'est la polyphonie a capella, les méandres harmoniques de l'Ensemble Marani, qui ponctuent les rites agraires, les naissances et les deuils. Chant sacré imposant, festif jusque dans les heures graves, où la voix remplit tout l'espace.

Ailleurs, le chant s'est fait doux et d'autant plus attentif: lorsque le Mandingue Mara Diabaté, resserrant les cordes de sa kora (la harpe des griots), insiste sur l'absolue nécessité de l'accordage. Métaphore musicale d'une sagesse élémentaire qui transparaît dans son chant limpide.

Sommet de présence et d'émotion? Les chants chaouis de Markunda Aurès qui laisse couler sa voix d'exilée depuis ses sources berbères; un timbre de neige et de cendre, une respiration calquée sur celle des éléments, sans la moindre concession aux aménagements tentants de la world music.