Chronique littéraire 

Le monde selon l'AJAR: Christian Constantin voit double

Pour chaque édition de «T», le collectif de jeunes auteur-e-s romand-e-s AJAR imagine une actualité factice. Cette semaine, l’arrivée d’un second Christian Constantin sème la confusion en Valais

Le collectif de jeunes auteur-e-s romand-e-s écrit désormais une chronique pour T, le magazine du Temps.

Retrouvez ci-dessous les précédentes chroniques:

A la suite d’un divorce douloureux, Christian a tout plaqué. Il a remisé sa thèse de doctorat jamais finie dans un tiroir et quitté son Var natal pour s’installer à Hérémence, où il a décroché un emploi d’ingénieur hydroélectrique. Christian ne connaissait le Valais que pour y avoir passé des vacances de ski avec sa femme, quelques années plus tôt. Il n’imaginait pas que, dans ce coin de Suisse plutôt tranquille, sa vie prendrait un tournant inattendu.

«Pour être honnête, je ne connaissais rien aux coutumes locales. Je n’avais jamais entendu parler du Fendant ni des combats de reines. J’ignorais aussi que les loups y étaient plus suicidaires qu’ailleurs. Un collègue m’a affirmé qu’ils se jetaient d’eux-mêmes sous les dameuses de piste, une tragédie qui ne semblait pas l’affecter.»

Un accueil chaleureux 

A Hérémence, l’accueil est d’emblée chaleureux. Les invitations à lever le coude ou manger la raclette pleuvent. Bientôt, Christian commence toutefois à découvrir devant sa porte des lettres et offrandes adressées «Au dieu du Valais» ou à «Son Excellence». «Un type m’a même offert un bon pour un tour en hélicoptère!» témoigne le quinquagénaire. L’hospitalité tourne à l’excès.

 L’affaire aurait pu en rester là sans un improbable coup de téléphone. «C’était un soir de mai, se souvient Christian. On m’a demandé de me rendre d’urgence au stade de Tourbillon. J’ai cru qu’on voulait mettre à profit mes années passées à entraîner l’équipe junior de Draguignan.» Ce n’est qu’une fois sur les lieux qu’il saisit l’erreur: il n’est sans doute pas le seul Christian Constantin à vivre en Valais.

L’imbroglio, qui pourrait faire sourire, prend une tournure étrange quand ses collègues l’accusent d’afficher une coupe «trop reconnaissable» et que son patron se met à l’appeler Tristan avec cette excuse: «J’aurais l’impression de trahir quelqu’un, sinon.» Pour Marianne Lardon, spécialiste des amnésies dissociatives aux HUG, le phénomène s’apparente à un trouble de l’identité collective: «Un deuxième Christian Constantin? Impossible. La confusion est trop grande, dans l’esprit valaisan. C’est comme si, d’un seul coup, on disait aux gens qu’il n’y a pas un, mais deux Cervin.»

La polémique enfle 

La polémique enfle lorsque 20 Minutes (04.10.2017) publie les photos volées par un randonneur du «faux» Constantin, errant au bord d’un bisse. La ressemblance est troublante. Sous l’article web, les commentaires abondent. «Un seul, c’est déjà pas assez?» s’insurge ainsi VaudoisPurSouche. Une page Facebook voit le jour dans la foulée. Les adeptes des jeux des différences peuvent y comparer les protagonistes, sur la base d’enregistrements vocaux. «Ça va trop loin», déplore Christian du Var.

Contacté par téléphone, le «vrai» Christian Constantin n’a pas mâché ses mots: «C’est quoi ce cheni?» Celui qu’on surnomme parfois l’Empereur valaisan préfère garder le silence pour l’instant, mais l’affaire des deux Constantin n’a sans doute pas fini de faire parler d’elle. D’autant qu’elle n’est pas la première du genre à frapper le Valais. La Suisse entière se souvient de l’histoire des trois Darbellay, qui avait défrayé la chronique en 2011.

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