Chronique littéraire

Le monde selon l'Ajar: #FreeBetty

Pour «T», le magazine du «Temps», le collectif de jeunes auteurs romands Ajar imagine l'actualité. Et si Betty Bossi avait été libérée après cinquante ans de séquestration? 

Le collectif de jeunes auteurs romands écrit désormais une chronique pour «T», le magazine du Temps. Découvrez ci-dessous la toute première.

A ce sujet: L’AJAR introduit la fake news dans le Temps

Vendredi dernier, la police cantonale zurichoise indiquait avoir libéré une femme, séquestrée pendant près de cinquante ans dans une tranquille maison de Bassersdorf (ZH). Pour des raisons liées à l’enquête, elle  refusait de communiquer les détails de ce cas. Hier, l’affaire a connu un rebondissement retentissant: le site d’information Republik.ch affirmait que la séquestrée n’était autre que Betty Bossi, l’égérie de la marque de produits de cuisine. Une révélation qui réactive le mystère entourant l’identité de la cuisinière vedette.

Qui n’a jamais eu entre les mains Les Friandises de Betty Bossi ou le best-seller Savoir recevoir? Qui n’a jamais feuilleté La volaille tout en finesse à la recherche d’une idée pour épater ses convives? Depuis plus d’un demi-siècle, Betty Bossi incarne une cuisine exigeante et populaire dans toutes les régions linguistiques du pays. Pourtant, son visage demeure inconnu à ce jour.

Les réseaux sociaux s'enflamment

L’annonce de sa libération a enflammé les réseaux sociaux. Signe de l’affection portée à la cultissime figure, les messages de solidarité se sont multipliés, fédérés par le mot-dièse #freebetty. Et les 84 000 abonnés de la page Facebook officielle de la marque de se déchaîner en commentaires désespérés. En témoignent les propos de Muriel, 67 ans, collectionneuse des célèbres ouvrages à spirales depuis plus de trois décennies.

«Je viens d’utiliser mon appareil à rissoles et j’ai eu la sensation d’enfermer une part de cette femme dans la pâte. Qui voudra encore de mes Wienerli en cage après ça?» Pour beaucoup, l’épisode met au jour la plus grande machination marketing vue en Suisse depuis le «Toblerone gate».

Les commandes de moules en chute libre

Interrogée par Republik.ch, Ulrike Amstutz, porte-parole de la marque, a nié catégoriquement l’existence de Betty Bossi et qualifié l’affaire de «croisade de mauvais goût orchestrée par des féministes». La réponse de Regula Infantini, députée zurichoise, n’a pas tardé. L’élue de la Liste alternative a déclaré à la SR1: «Ces accusations sont scandaleuses, surtout de la part d’une entreprise qui a contribué à l’asservissement des femmes sur plusieurs générations.»

Au-delà de l’émotion qu’elles suscitent, ces révélations menacent le succès commercial de la firme. Les commandes de moules en silicone auraient déjà fondu de 30% et un mouvement de boycott des «Coup’film» alimentaires en aluminium est annoncé. «Si cette femme est vraiment Betty et que vous voulez l’aider, a néanmoins affirmé Ulrike Amstutz, il faut continuer à acheter ses produits.»

Précédent scandale

A ce stade, seule une déclaration de l’inconnue de Bassersdorf permettrait d’y voir plus clair, perspective écartée par son avocat qui demande aux parties en présence de respecter sa cliente, «âgée et affaiblie».

Rappelons que l’unique apparition publique communément admise de Betty Bossi remonte à ses débuts. En 1967, la cuisinière avait entarté le conseiller national James Schwarzenbach lors de l’ouverture du Musée Suchard, à Serrières. Si l’épisode avait scandalisé la sphère médiatico-politique d’alors, il pourrait bien s’avérer que l’élu de l’Action nationale ait été l’ultime témoin des véritables talents culinaires de Betty Bossi avant sa séquestration.

Publicité