Livres

Le monde est un beau rêve fiévreux pour l’Allemande Nadja Küchenmeister

La vie palpite dans les poèmes de Nadja Küchenmeister

A 37 ans, la Berlinoise Nadja Küchenmeister voit son troisième recueil de poèmes Unter dem Wacholder traduit en français (Sous le genévrier). Le lecteur traverse le Berlin-Est qui l’a vue naître, fait halte dans une île de la mer Baltique, se retrouve plongé dans des souvenirs ou des rêves. Ces textes s’attachent aux détails du quotidien, au temps qui passe et à sa texture, aux éclats de lumière reflétés par la nature, les objets, à la senteur des melons qui flotte dans l’air en été. Autant d’échos que l’écriture accueille, humblement, et célèbre.

La beauté du vent

On pénètre dans ses poèmes comme dans un monde apparemment anodin, proche du nôtre, hanté par des présences (les disparus, les absents), transcendé par la beauté du vent ou du soleil. «L’orage poursuit sa course, à peine si un éclair a fendu le ciel, les nuages sont ce que furent tes yeux, ce que furent tes yeux, juste des nuages.» Le spectacle du monde procure une jubilation infinie, même si elle est concomitante à la tristesse de la séparation et à la peur de la mort.

«Tout passera»

Car cette jubilation du présent n’est jamais éloignée de la conscience aiguë que «tout passera», et que nous percevons très peu de ce qui nous est donné à voir («au fond on ne voit jamais le vent souffler, on ne voit que ce qu’il produit dans les feuillages, une chevelure ou en pleine mer»). La cruauté et la mélancolie ne sont pas absentes non plus de ces pages: «Impitoyablement les mouches ont jeté leur faim sur les yeux du cheval.» Il suffit de l’évocation d’une table ou de la vue d’une rue berlinoise, par une fenêtre, pour refléter le tremblé de la vie tout entière. C’est lui que Nadja Küchenmeister parvient à capturer dans ces lignes.


Nadja Küchenmeister

«Sous le genévrier»

Traduit de l’allemand par Natacha Ruedin-Royon. Edition bilingue

Cheyne, 150 p.

Publicité