Monique Droin-Bridel

Servir ou trahir

Notables genevois et serviteurs vaudois autour de Caroline de Brunswick, 1814-1821

Avant-propos de Liliane Mottu-Weber

Ed. Suzanne Hurter, Genève,

284 p.

En septembre 1814, Caroline de Brunswick, princesse de Galles, séjourne à Lausanne et à Genève. A cette occasion, elle engage une femme de chambre, Louise Demont, native de Colombier sur Morges, qui l'accompagnera en Italie. Ayant quitté l'Angleterre pour fuir un mari qui la délaisse, la princesse parcourt l'Europe en quête de distractions. Peu conventionnelle, elle aime à s'amuser et n'inspire pas un grand respect à ceux qui la rencontrent. A Genève, Charles de Constant la décrit comme «une petite femme de 46 ans d'un énorme et lâche embonpoint», qui s'habille comme l'as de pique. Il ajoute: «Je suis humilié par l'attachement que j'ai pour les Anglais que leur future reine soit une femme qui n'a ni dignité ni tenue.»

Au début, Louise Demont ne partage pas cette sévérité. Elle admire sa patronne qui l'emmène, parmi une suite nombreuse et pittoresque, dans un voyage en Méditerranée. Au gré d'un récit vif et enlevé, la jeune Vaudoise a raconté ce périple qui mène ses participants à Tunis, à Athènes et surtout à Jérusalem, où la princesse fait son entrée juchée sur un âne, «comme Notre Seigneur Jésus». C'est ce récit que Monique Droin-Bridel a retrouvé dans des archives privées, et qu'elle publie en l'assortissant d'une étude passionnante sur le destin de son auteur. Destin étrange s'il en est. Tandis que Caroline parcourt l'Orient, son mari, devenu entre-temps le roi George IV, n'a qu'une idée: se débarrasser d'elle en divorçant. Pour obtenir l'aval du Parlement, il accuse sa femme d'adultère. Une commission enquête longuement en Italie. Or, le principal témoin à charge ne sera autre que Louise Demont, à qui sa qualité de femme de chambre permettait de savoir mieux que quiconque comment la princesse de Galles passait ses nuits.

C'est ainsi que la petite Vaudoise, qui avait été congédiée en 1817 par sa maîtresse, est invitée à se rendre à Londres et à venir témoigner à la Chambre des Lords. Ce geste – trahison ou naïveté? – ne lui vaut pas que des amis. L'opinion publique, assez hostile au nouveau roi, prend fait et cause pour la reine Caroline en instance de répudiation. Louise Demont est vilipendée par la presse, et l'avocat de la reine l'accuse d'avoir été payée pour déposer contre son ancienne maîtresse! Finalement, le gouvernement prend peur. Le procès est suspendu et le divorce ne sera jamais prononcé. George IV se fait couronner et interdit à sa femme d'assister à la cérémonie. La malheureuse Caroline tentera, en vain, de forcer les portes de Westminster et ne survivra guère à cette ultime épreuve.

Souvent présentée sous un jour héroïque, la saga des Suisses à l'étranger présente parfois des aspects moins glorieux. Copieusement huée – et caricaturée par la presse londonienne – Louise échouera à obtenir une pension du gouvernement britannique. De retour dans sa patrie, elle terminera paisiblement ses jours à Colombier. Il faut ajouter que parmi ses adversaires figurait un autre Suisse, James Galiffe, qui travaillait, quant à lui, pour l'avocat de la reine et s'était rendu à Milan pour y recruter des témoins à décharge…