«Les spectacles suisses romands ne s'exportent pas», s'insurge-t-on souvent dans notre pays. Même les plus réussis, ceux qui mériteraient de se mesurer à d'autres publics. Par bonheur, il existe des exceptions quasi miraculeuses: Monsieur Bonhomme et les incendiaires de Max Frisch, monté en 1995 par Claude Stratz, directeur de la Comédie de Genève. Une dizaine d'excellents comédiens suisses, dont Pierre Byland et Armen Godel, fouleront ainsi les planches du légendaire Théâtre de l'Athénée à Paris, du 3 mai au 3 juin, pour vingt-cinq représentations.

Cette belle et exemplaire histoire, qui vient de connaître son dénouement, a pourtant bien failli ne jamais s'écrire. Pour des questions de financement et de lenteur de procédure essentiellement. Une dizaine d'acteurs, deux semaines de répétitions, quatre semaines de représentations nécessitaient un budget de production d'environ 300 000 francs. Soit un véritable Everest pour ceux qui tentent ce genre de montage financier.

L'ascension débute au printemps 2000. La chargée de production, Marie-Pierre Theubet, demande fin mai à Pro Helvetia une aide de 100 000 francs, espérant en obtenir 80 000. L'Athénée, très désireux d'accueillir le spectacle, s'engage de son côté à financer un tiers au moins de la production (il mettra finalement la moitié).

La réponse de Pro Helvetia ne tombe qu'en octobre, réfrigérante: ça sera 30 000 francs. «Une telle aide ne servait pas à grand-chose», confie Claude Stratz, qui signe ces jours un beau Malade imaginaire à la Comédie-Française. Monsieur Bonhomme semblait alors condamné à rester dans sa boîte, d'autant qu'il était inconcevable de mobiliser six mois à l'avance des acteurs pour un projet de plus en plus fumeux. C'était compter sans deux partenaires inattendus: l'Etat et la Ville de Genève, qui, au vu de la situation, ont décidé d'investir

chacun 40 000 francs. La Fondation Leenaards et la Commission romande pour la diffusion des spectacles (Corodis) ont aussi joué les parrains. Et c'est ainsi que douze longs mois après les premières démarches, Monsieur Bonhomme a l'assurance de flamber à Paris.