Il y a six ans, Christian Chorier est arrivé à Montreux avec ses réformes et sa flamme de missionnaire. Il a passé un grand coup de balai, nettoyé le comité, rebaptisé le festival, au point qu'il s'est brouillé avec les autorités locales. Aujourd'hui, les réconciliations sont faites, la cote d'amour est au plus haut. Chorier aborde la 56e édition du Montreux Voice & Music Festival «avec sérénité». Mais qu'en est-il du public?

Prix revus à la baisse

Jusqu'à présent, Montreux n'a toujours pas remonté la pente. On se casse la tête et on se ronge les ongles pour trouver des solutions, d'autant que l'exercice 2000 était déficitaire. Cette année, le budget artistique a été revu à la baisse (1,110 million de francs). Les prix aussi: jusqu'à 50%. «C'est un pari risqué, en contrepartie le nombre d'auditeurs doit être plus grand.» Christian Chorier mise sur le rajeunissement du public, peu importe qu'il vienne en jeans ou en baskets: «Du moment que les gens sont prêts à communier avec la musique, c'est comme dans un temple: ce n'est pas Dieu qui est important, mais l'esprit.» On rétorquera que le gros du public se situe dans des tranches d'âge supérieures. Mais l'homme croit au public de demain, celui du troisième millénaire. Il croit surtout à la voix et aux instruments anciens.

Opéras en version de concert

Contrairement à sa réputation, Christian Chorier n'est pas l'apôtre pur et dur du baroque. Sa programmation s'étend jusqu'à Beethoven, Schubert, Schumann (au Château de Chillon), toujours sur instruments d'époque. «Quand je vois combien je remplis facilement l'Auditorium Stravin-ski avec Le Messie de Händel, les Noces de Figaro de Mozart ou les 6e et 7e Symphonies de Beethoven… Je ne pourrais inscrire que des œuvres connues. Mais je ne veux pas casser cette épine dorsale que j'ai tressée.» L'épine dorsale? Elle repose sur les concerts et opéras «faits maison». «Le public n'est pas assez conscient qu'il s'agit de premières. Pour Juditha Triumphans de Vivaldi, j'ai modifié la distribution par rapport à l'enregistrement qui va paraître. Patricia Bardon vient pour deux airs alors qu'elle chantera le rôle-titre de Cendrillon à l'Opéra de Lausanne.»

Outre ce splendide drame biblique, donné ce soir, Gottfried von der Goltz dirigera le Freiburger Barockorchester dans La Finta Giardiniera de Mozart (le 1er sept.); René Jacobs et le Concerto Köln joueront les Noces (le 7); Ivor Bolton défendra Le Messie (le 8) et Acis et Galathée (le 14) de Händel. Le tout agrémenté d'une pléiade de jeunes chanteurs exceptionnels (Magdalena Kozená, Veronica Cangemi…). Toujours cette foi vibrante, intacte. Mais le public adhérera-t-il massivement à la nouvelle religion?

«Juditha Triumphans», au Montreux Voice & Music Festival, Auditorium Stravinski, ce soir à 20h. Loc. 021/966 80 25, TicketCorner 0848 800 800. Jusqu'au 18 sept. Rens. «www.montreux-festival.com».