Humour

Au Montreux Comedy, le trône de Caroline Vigneaux vacille

L’avocate devenue humoriste a dirigé le gala d’ouverture du festival vaudois. Il y a notamment été question de l’intelligence supposée des pieuvres, d’Ikea et de Madonna

Dans une autre vie, Caroline Vigneaux était avocate. Là voici désormais humoriste. Jeudi soir, elle dirigeait la soirée d’ouverture du 28e Montreux Comedy Festival. C’est la première fois qu’une femme – incroyable, non? – se voyait nommée maîtresse de cérémonie d’un gala. Partant du constat qu’en termes d’égalité hommes-femmes, il y a encore du boulot (on ne la contredira pas), la Française a imaginé un spectacle dont le fil rouge a été emprunté à Iznogoud: tous les invités voulaient être présentateurs à la place de la présentatrice. Les hommes parce qu’ils se sentent plus légitimes, les femmes parce qu’elles sont jalouses. Et les voici en train d’imaginer les pires ruses, voire carrément de recourir à l’hypnotisme, pour la destituer de son trône. Le gala s’appelait Game of drôles et, dans l’ensemble, il a tenu ses promesses.

Tout a démarré très fort avec Roman Frayssinet, qui, après un détour convenu par les parties intimes masculines, s’est lancé dans une diatribe contre la pieuvre, animal doté d’une «intelligence remarquable», a-t-il entendu dans un documentaire animalier, parce qu’elle est capable de comprendre comment ouvrir un pot de confiture en dix minutes. «Moi, en dix minutes, je trouve dix manières de cuisiner ta mère le poulpe…» Et le Francilien de démontrer à quel point la pieuvre n’a pas de quoi se la péter, tout comme le castor, qui construit certes des barrages, mais qui ne produisent pas d’électricité. Dis comme ça, cela semble plat. Mais imaginez Frayssinet en Marsupilami sous acide hurlant plus que de raison et vous aurez une bonne idée de son jeu de scène, qui est pour beaucoup dans son efficacité.

A l’extrême opposé, les trois Blond and Blond and Blond, trois faux Suédois au look rétro qui ont fait du catalogue Ikea leur bible, misent sur leur nonchalance et un détournement de chansons populaires et de paroles décalées entremêlant aphorismes et litanies religieuses. Là aussi, l’efficacité est totale. Quant à Elodie Poux, elle est d’un merveilleux cynisme lorsqu’elle évoque le quotidien d’une maîtresse d’école confrontée à des mômes parfois bêtes et laids.

Passons outres les sketchs moins tranchants pour encore dire un mot d’Alex Ramires, un jeune Lyonnais qui évoque son homosexualité en se jouant joliment des clichés généralement accolés aux gays – non, ils ne sont pas tous des fans de Madonna parlant mode d’une voix nasillarde… Au final, Caroline Vigneaux a conservé son trône. Mais avouons-le, il y a eu plus drôle qu’elle. Par contre, il faudrait vraiment que les humoristes arrêtent de vouloir glisser une allusion au «libérée délivrée» de La Reine de neiges. A la longue, c’est lassant.


Montreux Comedy Festival, jusqu’au 4 décembre.

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