Nom de Zeus, ils ont osé rire de tout! Le slogan du 27e Montreux Comedy Festival le disait en effet: «On va rire de tout.» Promesse tenue, donc, lors du gala d’ouverture de jeudi soir, présenté par Artus et intitulé «Humour vers le futur», avec des voyages spatio-temporels n’ayant rien à envier à la fameuse trilogie réalisée par Robert Zemeckis. En guise d’intro, très élégant dans son smoking, le Français a commencé par esquisser quelques pas de danse avec Marie Denigot, sa partenaire de l’émission «Danse avec les stars». Il pensait être rapidement éliminé, mais le voilà encore en lice pour un huitième direct, ce samedi soir sur TF1.

Terrain glissant

Gala d’ouverture, smoking: Artus avait décidé de se la jouer classe… Au moins pour quelques secondes. Très vite, place à des blagues (très) en dessous de la ceinture. D’autres lui emboîteront le pas tout au long de la soirée car c’est un fait, l’humour actuel aime aborder frontalement et crûment ce qu’on appellera les choses de la vie. Mais sur le glissant terrain du sexe, tous ne sont pas hilarants. A l’image de Maxime Gasteuil et de son sketch sur l’épilation des parties intimes masculines, la belle présence physique du Girondin ne masquant pas une écriture assez faible.

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Entre les performances de ses invités, Artus a donc voyagé dans le temps. Sa mission, révélée par son moi du futur: empêcher un bête accident qui aura pour conséquence rien de moins que le déclenchement d’une troisième guerre mondiale. Préhistoire, Antiquité, Moyen Age, le voici qui traverse les époques avec ses complices Benjamin Tranié, Julien Schmidt et Anne-Sophie Girard. Au programme, burlesque et non-sens dans un esprit très anglo-saxon. C’est souvent simple et efficace (l’épisode western, excellent), parfois aussi raté: lorsque Julien Schmidt devient Jerry Stand-Up, un humoriste vintage n’hésitant pas à afficher sa misogynie et son racisme, la dénonciation – si tel était le but – d’une possible ligne rouge à ne pas dépasser (on peut rire de tout, mais pas n’importe comment) tombe totalement à plat.

Humour noir

Lorsqu’il aborde la question du terrorisme, Lamine Lezghad est, lui, parfait. Le rire pour exorciser l’horreur, le refrain est connu mais il est on ne peut plus d’actualité. «Quelqu’un qui fait de l’humour noir, on le soupçonne de ne pas être sensible au sujet qu’il aborde. Tu fais une blague sur les attentats, c’est parce que tu n’as pas été touché. En revanche, tous les humoristes qui n’en parlent pas, on ne les soupçonne jamais… Si j’en parle, c’est justement parce que j’ai été touché.» Ce que nous disait récemment Jérémy Ferrari (qui se produit samedi et dimanche à l’enseigne du Montreux Comedy, mais à Vevey) s’applique parfaitement à Lezghad.

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Jeudi soir, le rôle du Suisse de service était tenu par Yann Lambiel. Rien à dire, on le connaît, il est bon. Son imitation de Mr. Bean est merveilleuse. Sympathiques aussi, le Québécois Rachid Badouri et sa découverte de ce qu’est vraiment une femme après le mariage, la Marocaine Nadia Roz et sa découverte de ce qu’est vraiment un bébé après sa naissance. Totalement décalé dans son rôle d’imbécile heureux, repéré il y a un moment déjà par Jamel, Redouanne Harjane a de son côté profité de sa formation de musicien pour interpréter une formidable «chanson du cheval» que n’aurait pas renié Raymonde Devos. Et dans le registre «la réalité dépasse la fiction», quel plaisir de retrouver le Belge Alex Vizorek et ses titres d’articles repérés sur le net. Du genre: «Il veut se suicider au gaz, se ravise… puis allume une cigarette», «Ivre sans permis à 141 km/h, il ne voulait pas être en retard à son procès pour le même délit» ou encore «Quand un radar militaire suisse prend les vaches pour des avions ennemis».

Avec le sketch le plus simple de la soirée, Vizorek aura déclenché les plus gros éclats de rire. Car oui, il suffit parfois de pas grand chose pour faire mouche. Comme on en aura probablement la preuve ce soir lors d’un gala dévolu à la génération montante du stand-up, et placé sous la direction de Thomas Wiesel. C’est la première fois que le Lausannois officie en tant que maître de cérémonie. Une belle et méritée reconnaissance, à l’heure de clore une année faste qui l’aura vu imposer à une large échelle son humour engagé. Rire c’est bon pour la santé, mais parfois, aussi, cela permet de mieux comprendre le monde. Si si!