Se promener sur les quais de Montreux cette semaine, c’est rencontrer des amas de planches, des squelettes de tentes… et des bonshommes en néoprène. L’un d’entre eux enfile justement sa combinaison près d’une camionnette remplie de bouteilles d’oxygène, avant de plonger. Il rejoint deux ouvriers qui s’affairent déjà en maillot de bain dans un enchâssement complexe de tubes en aluminium, sorte de jeu de mikados semi-immergés.

A une semaine du coup d’envoi du Montreux Jazz, la Scène du lac, clou de cette édition rescapée, sort tout juste des eaux. Une plateforme de 168 m2, érigée à 39 m du rivage, et qui accueillera des têtes d’affiche comme Woodkid, Rag’N’Bone Man, Zucchero ou Arlo Parks. Un hélicoptère viendra plus tard déposer le toit de la scène et, bientôt, ce sera au tour des équipes de décoration. En face, reliés par une avancée en bois, les gradins (4,5 m de haut et 40 m de long) viennent tout juste d’être peints. Le chantier est dans les temps.

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«On a imaginé ça sur papier et, dix-huit mois d’ascenseur émotionnel plus tard, tout devient réel, se réjouit le directeur du festival, Mathieu Jaton. En entendant Alain Berset hier, c’était une sorte de soulagement. Et avec du recul, je me dis que j’ai été fou de faire ce pari!»

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Un pari technique d’abord: si le festival n’en est pas à sa première terrasse lacustre, il a fallu composer avec une profondeur record (12 m), un sol sablonneux tout comme les assauts de la houle et de la Vaudaire.

Quatre semaines de travaux, 200 tonnes de matériel, 18 monteurs et six plongeurs auront été nécessaires pour faire émerger cette scène sur pilotis. Des négociations avec le canton et la CGN aussi, pour dévier le parcours des bateaux et délimiter un périmètre de sécurité – une navette spéciale, mais aussi un maître nageur seront prêts à réagir en cas de plongeon malheureux. Quant aux plaisanciers qui espéraient entrevoir le show depuis leurs propres ponts ou paddles, une toile sera installée en fond de scène pour les concerts de début de soirée.

Outre les retransmissions en live streaming, seuls 520 privilégiés pourront assister chaque soir au spectacle sur fond turquoise: malgré les annonces du Conseil fédéral, le Montreux Jazz ne gonflera pas ses jauges. Pour ne pas submerger les infrastructures d’accueil et de restauration, mais surtout pour ne pas trahir l’esprit de cette édition. «On a imaginé un festival intimiste et différent: ce serait le pervertir que d’entasser les gens, répond Mathieu Jaton. Un accueil de qualité fait partie de la marque de fabrique du festival. Habitué au Stravinsky, notre public ne sera pas déçu.»

Un futur come-back?

Ni mal installé: des places plus larges qu’à l’accoutumée assureront sur les gradins une assise confortable. «Nous avons même 15 000 pèlerines en stock, héritage du concert d’Elton John!» En cas de grand vent ou de mauvais temps, les concerts devront toutefois être annulés sans possibilité de report.

Si la météo le veut bien, sur scène aussi on jouera la carte intimiste – à l’instar de Zucchero, qui ne sera accompagné que de trois musiciens. «Plutôt qu’une édition sparadrap, nous voulions proposer une expérience au public», souligne Mathieu Jaton. Qui n’exclut pas que la Scène du lac fasse son come-back en 2024, lorsque le festival devra déménager du Centre des congrès. «Ou, si le résultat est vraiment génial, peut-être qu’on la retrouvera déjà l’an prochain?»