Et à la fin, à la toute fin, devant ce club de poche où les spectateurs sont grimpés sur les chaises, Matthieu Chedid lance un nouveau funk à paillettes, il n’est pas loin de l’aube et la jam jamais ne s’arrêtera. Le 51e festival s’achève sur un moment «montreusien» par excellence. Cette édition post-anniversaire aurait pu être une année de gueule de bois. Artistiquement, elle impose les nouveaux fondamentaux: assurer une transition entre les anciennes gloires du Montreux Jazz et une nouvelle génération capable de remplir l’Auditorium Stravinski. Mais aussi développer les offres de niche.

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Pour ce qui est des chiffres, le cru 2017 est relativement faible – 90 000 billets vendus contre 95 000 l’année dernière. Le déficit devrait être contenu. Le festival fournit en réalité assez peu d’éléments pour comprendre la quadrature du cercle à la laquelle son équipe est confrontée chaque année. Les programmateurs ont fait cette fois le pari du renouvellement, d’un Stravinski et d’un Lab plus exigeants, d’une offre enrichie par notamment la très belle formule des concerts au Palace et, en général, par la série de concerts délocalisés Out of the Box.

Funanbulisme savant

Tandis que le Montreux Jazz donne une image de festival luxueux, dont les prix élevés occupent une énorme partie des commentaires sur les réseaux sociaux, la manifestation reste d’une fragilité folle en regard de son histoire. Chaque soir semble relever pour les programmateurs du quitte ou double: l’annulation d’Emeli Sandé remplacée au pied levé par The Roots (on espère une carte blanche au batteur Questlove l’année prochaine), la billetterie qui tarde à démarrer en Suisse allemande, le mauvais temps du premier week-end: tout imprévu génère à Montreux des répercussions importantes.

Plus que jamais, l’équilibre du Jazz est un funambulisme savant qui mêle la dépendance économique aux badauds des quais (au risque parfois que la fête dégénère comme dans la nuit de samedi dernier où plusieurs dizaines de jeunes ont caillassé la police), la dépendance aux sponsors dont les invités groupés sont omniprésents et les vrais risques artistiques qui font l’ADN d’une manifestation qui n’a pas changé d’esprit depuis la mort de son fondateur en 2013.

Réinvention permanente

Ainsi, cette année, outre l’extraordinaire soirée africaine autour de Youssou N’Dour et M, le concert en forme de performance opératique de Benjamin Clementine, les messes vaudou de Grace Jones, les prodigieuses conquêtes de The Roots et de Lauryn Hill, mais aussi le rap du Lab et le concert de Yello, il y a eu à Montreux plus d’instants vertigineux sur le plan musical que lors du cinquantième anniversaire. Alors non, rien n’est donné à Montreux, tout est réinvention permanente et nécessité chaque année de rebattre les cartes, la manifestation agace par bien des aspects. Mais elle reste fidèle à la légende qu’elle entretient. Un festival de musique avant tout.