La livrée portée avec fierté fait d’eux des petits Napoléon ou des préposés à l’accueil du cirque Knie. C’est selon. Les rangs, eux, ont connu une cure d’amaigrissement qu’on n’attendait pas. La National Fanfare of Kadebostany s’est présentée autrefois avec un goût quasi byzantin pour l’opulence: les archets y avaient un droit de cité qui paraissait indé­rogeable. Les dialogues avec les vents y surgissaient comme des broderies aux trames déroutantes. Samedi soir, le Montreux Jazz Café à ouvert ses portes à trois musiciens (trombone, sax alto, guitare et basse en alternance) et à un maître de cérémonie armé de machines et de laptop. L’appellation «fanfare» a acquis pour le coup une acception qui sent l’usurpation. Mais cela ne compte pas au fond.

Le plan d’austérité a du bon. La bande sonnante d’une république imaginaire (Kadebostany et son président Kadebostan) a gagné en concision et en puissance, se délestant d’une tranche conséquente de ses partitions. Sous les pilonnages technos d’un meneur caché par des lunettes de soleil impénétrables, sous sa gestuelle de fanfaron qui renvoie à Borat et à ses délires de dictateur, la Fanfare avance d’un pas assuré, dans un territoire qui regarde à l’Est. L’orientalisme surgit par bribes, l’esthétique balkanique, nettement plus corsée, régit presque tout. En contrebas, les rangs nourris de suiveurs sont pris au piège: cette musique est une tenaille dont ne peut échapper. Elle fait du bien aux jambes, qui s’activent sans commandes, et aux pavillons auditifs, caressés par des lignes qui s’ouvrent à l’exotisme. Kadebostan a peut-être trouvé une formule efficace de distraction massive. Il la porte avec intelligence, en déroulant un show qui de loufoque n’a que les livrées.