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Montreux Jazz Festival, Auditorium Stravinski, 12 juillet 2018.
© Laurent Gilliéron / Keystone

Musique

A Montreux, un monstrueux Nick Cave

Au Stravinski, le rocker australien et ses Bad Seeds ont offert un des concerts les plus éblouissants de la 52e édition du festival vaudois

On l’aurait vu traîner la veille au bar VIP niché dans la House of Jazz, jure l’un. A moins que ce ne soit dans les coulisses du Jazz Club, assure un autre. Pour un autre encore, il a été aperçu tard marchant sur les quais. Pour un dernier, enfin, Nick Cave n’a pas quitté le Montreux Palace, où il a pris ses quartiers. Enfin invité au Jazz, le «grand lord gothique» était l’objet d’excitations folles. A raison. Avant sa venue, depuis quand ce lieu n’avait-il vécu un concert instantanément déclaré culte?

A lire: Nick Cave, bête de cinéma

Il est 22 heures quand les Bad Seeds pénètrent, élégants, sur la scène de l’Auditorium Stravinski. Dans une salle comble, on retient son souffle après avoir un peu baillé durant la première partie assurée par Anna von Hausswolff. De la chanteuse suédoise, on se souvient pourtant de cette phrase piquée au poète Walter Ljungquist: «Notre temps est privé de silence et de secret; en leur absence, aucune légende ne peut émerger.» Un axiome que Nick Cave, entamant son récital avec la plainte toxique Jesus Alone, va s’appliquer à détruire, annuler.

Silence? Secret? Colère noire et éternité? Le chanteur sexagénaire, fringant et dangereux en diable, en connaît long sur la question. Chez lui, plaire ou divertir est hors sujet. Il joue pour communier. Cette nuit, son concert sera une cène. Passé Magneto, et tandis que se déploient les lignes corrodées de Higgs Boson Blues («on n’a pas joué ce titre depuis un bail, il est approprié puisqu’on est en Suisse», s’amuse-t-il), on l’observe, fasciné, comme poussé à se noyer dans les premiers rangs, à s’abîmer sous les déluges de feu délivrés par son gang, à renoncer brusquement au répertoire convenu pour offrir aux fans les titres qu’ils réclament. Nick Cave: dominateur et généreux. Une mémoire se construit sous nos yeux.

Rejoindre la légende

On se souvient de son concert-épopée donné en novembre dernier à l’Arena de Genève. Dans cet espace si laid, il avait fait éclore tant de beautés. Cette fois, dans l’un des lieux les plus splendides d’Europe, il entraîne 4000 âmes soumises à ses pouvoirs dans des confins troublants, palpitants, pour certains jamais foulés. C’est Red Right Hand déjà tant entendu, mais ici redécouvert comme enduit de rouille et nourri de trouille. C’est Into My Arms, dit dans un dénuement dont seuls se parent les amours éperdues. C’est Distant Sky, instant suspendu durant lequel Montreux se tait, s’annule, s’évapore. Ici, dire les 1000 mains caressées par un chanteur-animal, protecteur ou prêt à mordre, les regards possédés jetés à son public par un artiste total venu tout donner.

Après Jubilee Street, Nick invite qui veut à le rejoindre sur scène. Un rituel chez le rockeur qui déjà arpente, menaçant, les reliefs mortels de Stagger Lee, puis ceux, aériens, de Push The Sky Away. A cet instant, il est déjà descendu dans la salle étreindre les corps, chanter les plaintes, tous les malheurs et les espoirs qui demeurent. A cet instant, Cave a rejoint les légendes les plus incontestables qui, autrefois, ont fondé la légende du Montreux Jazz Festival.

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