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Massive Attack, Auditorium Stravinski, 2 juillet 2018.
© FFJM / Lionel Flusin

concert

A Montreux, Young Fathers et Massive Attack sont passés aux choses sérieuses

Les deux formations britanniques ont offert des prestations combatives, les premiers séduisant à l’énergie quand les seconds fascinaient par un show millimétré d’une formidable intensité

Fuir la chaleur. T-shirt collant à la peau et jean si peu pertinent en ce jour de canicule, on pénètre dans l’Auditorium Stravinski du Montreux Jazz indifférent à l’horaire des concerts, désirant seulement y trouver un peu de fraîcheur. Quelqu’un a anticipé notre vœu, le thermostat de la salle semblant placé sur zéro. «Ici, on pourrait élever des pingouins», ricane un quadragénaire tout en muscles. Son T-shirt est siglé Blues Lines, titre du premier album de Massive Attack. A lui, comme à l’essentiel d’un public venu nombreux pour saluer le navire cold soul de Britstol, Young Fathers s’apprête à coller un frisson.

A lire: Young Fathers noie le rap dans l’art brut

Les Ecossais hurlent

«Arrivez comme le vent et partez comme l’éclair», enseigne le général et stratège chinois Sun Tzu dans L’art de la guerre. Alloysious Massaquoi, Kayus Bankole et Graham Hastings appliquent cette leçon à la lettre. Accompagné d’un batteur inefficace occupé à marteler ses fûts debout, le trio d’Edimbourg entame son court récital pied au plancher. Pas un mot. Zéro politesse. Nés pour bousculer, les Ecossais chantent, hurlent, glapissent les yeux fermés leur répertoire soul d’outre-tombe fait de beats concassés, de mélodies tourmentées, d’arrangements désossés. La joliesse? Chez eux, nul intérêt. Concentré dans un étroit périmètre de scène noyé de lumière pâle, Young Fathers déploie ses animalités jusqu’à ce que les réserves du public finalement cèdent. Quand après quarante minutes s’achève Shame, chanson immense, le Stravinski se vide, groggy, choqué, peut-être. Nous, on songe à rentrer, possédant peu d’intérêt pour Massive Attack.

On voulait fuir, mais Massive Attack convainc

Mais on traîne, finalement. Jusqu’à ce que résonnent les premières mesures de Hymn of the Big Wheel entonnées par Horace Andy, chanteur monumental. Dès lors, on est pris. Et cela moins en raison de l’art proposé par les Anglais, leur musique s’apparentant souvent à une démonstration des possibles du sound design, que pour l’expérience immersive qu’ils proposent.

En question: un vaste écran LED situé en fond de scène délivrant une suite magistralement orchestrée faite de slogans, maximes, citations, invectives, logos associés ou bien détournés, transcriptions d’échanges militaires ou figures défaites par le néolibéralisme et ses guerres.

Massive Attack, groupe politique: cela, on le savait. On avait cependant négligé l’incontestable puissance de son art rock lourd, suffoquant, que rejoint Young Fathers en fin de concert, avant que Horace Andy ne précipite les adieux, chantant dans Splitting the Atom l’insoutenable impermanence des choses.

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