Le Temps: Cette exposition est-elle avant tout un hommage à Hugo Pratt, décédé il y a dix ans?

Pietro Gerosa: Cet aspect commémoratif est l'une des composantes de l'exposition, mais elle n'est pas la plus importante.

Nous avons voulu montrer que l'œuvre de Pratt continue à vivre, et que nous continuons, chez Cong à Lausanne, à la faire vivre. Le tout récent 6e épisode des Scorpions du désert, dû à Wazem, incarne cette volonté de continuité, au même titre que la rétrospective présentée à Sienne. Cela dit, la popularité de Pratt ne faiblit pas: ses albums se vendent toujours en moyenne à 250 000 exemplaires par an.

– Avez-vous mis en valeur l'aspect le plus artistique du travail de Pratt pour mieux séduire les Italiens, qui connaissent globalement moins bien le dessinateur que les francophones?

– On peut dire les choses comme cela. L'aquarelle est l'une des composantes les plus méconnues de son travail. Elle est pourtant la colonne vertébrale de son œuvre. Mais ne croyez pas que les Italiens connaissent mal Pratt. Ils sont dans l'ensemble moins amateurs de BD que les Français, c'est vrai, mais lorsqu'ils le sont, c'est de manière passionnée et très compétente, en particulier sur l'œuvre de Pratt. L'an dernier, le quotidien La Repubblica a proposé l'un de ses albums avec son édition du jour. A la fin de la journée, il s'en était vendu 150 000 exemplaires… Nous espérons donc que cette exposition sera vue par beaucoup de monde. Ne serait-ce que parce que plus de deux millions de personnes visitent Sienne à la belle saison.

– Votre société propose un lot appréciable de «produits dérivés» du travail de Pratt. Ils sont d'ailleurs en vente ici, à la sortie de l'exposition. Ne craignez-vous pas d'en faire trop, de dénaturer cette œuvre, à l'instar de la société Moulinsart avec Tintin?

– C'est une question importante. Nous ne voulons pas avoir une image de vilains mercenaires qui commercialisent n'importe quoi. Mais que vous le veuillez ou non, une œuvre telle que celle de Pratt est aussi un produit. Il a d'ailleurs lui-même mis son talent au service de la publicité et de l'industrie. Notre politique se doit d'être cohérente, qualitative et respectueuse du patrimoine artistique légué par Hugo Pratt. Nous cherchons, par exemple, avec une galerie de Paris à proposer des affiches d'excellente qualité et d'un format carré, ce qui ne s'est jamais vu.

– Quel est le budget de cette rétrospective?

– Environ un million d'euros, marketing compris.