Le livre, d’une étonnante souplesse quand on le plie légèrement, produit un délicieux grincement. C’est presque un générique; les textes aussi grincent avec leurs personnages souvent peu reluisants, méchants, inconséquents, pusillanimes et parfois cruels. Disons qu’ils grincent comme la réalité quand il faut s’en accommoder, vaille que vaille, parce qu’elle est ce qu’elle est et rarement ce qu’on aimerait qu’elle soit.

Ces histoires qui tiennent du conte, enchaînant bonheurs et malheurs en de soudaines accélérations narratives dont Gottfried Keller a le secret, finissent bien, le plus souvent, même si l’auteur, dirait-on, ricane en sourdine de tant de bonheur petit-bourgeois. Elles tiennent aussi de la parabole, mais une parabole doutant de la morale qu’elle induit, allant parfois jusqu’à diffuser une ironie proche de la satire.