La jungle d’une ville au Théâtre de Beausobre jeudi soir. Des garçons et des filles se dressent sous trois barres de néons blancs, huit statues disparates, indifférentes au tambourinement qui martèle la scène. Ils s’enracinent et la sève monte. C’est un rythme qui caresse les orteils, qui s’infiltre dans les mollets, qui s’attaque aux hanches. Les interprètes réunis par la chorégraphe suisse Rafaële Giovanola sous la bannière de la compagnie CocoonDance – basée à Bonn – vacillent comme des roseaux. Dans un instant, la cadence deviendra folle et ils esquisseront un sautillement. C’est ainsi qu’on entre dans RUNthrough, spectacle plaisant à défaut d’être inoubliable, à l’affiche du festival de danse Steps.

Séduisant, ce RUNthrough? Oui, dans l’esprit en tout cas. Fidèle à leur méthode, Rafaële Giovanola et son équipe ont rencontré d’autres artistes, autant de langages différents. Ils ont fait provision de tonalités, d’images. C’est ainsi qu’ils se sont familiarisés avec le voguing, cette danse de rue où l’on prend la pose comme sur les podiums de la mode. Jeu de postures. C’est ce carnaval-là, grandiloquent et ironique, outré jusqu’au grotesque et provocateur, qui est la matière de RUNthrough. Huit danseurs techniquement remarquables ont fait fructifier ce butin.

Déferlement choral

Car la performance athlétique épate, comme dans Hybridity au festival Antigel à Genève en février. Voyez ce glissement atmosphérique. Le blanc des néons a fait place à un bleu Klein. Les visages entaillent la nuit. Les poitrines se soulèvent et retombent en cascade. Ces hommes et ces femmes sont des vagues. Ils enflent et se creusent, captifs d’une onde de choc qui n’en finit pas de se propager. Soudain, c’est une horde de déterrés qui fonce sur vous, genoux pliés, torses tribaux. Plus tard, ils chuteront, cambrés comme des arcs, et se relèveront comme sur un trampoline.

Pourquoi ça ne convainc pas alors? Parce que ces images si léchées ne suffisent pas à masquer l’absence d’univers. Parce qu’on cherche la singularité d’un geste artistique et qu’on ne trouve qu’une démonstration de force – alors que le voguing est par nature libertaire. La composition elle-même s’avère scolaire avec ses plages de couleurs – blanc pour commencer, bleu, vert chlorophylle ensuite. RUNthrough est un spectacle honorable. Il est formaté pour plaire. Le chaudron des danses urbaines paraissait promettre d’autres soulèvements.

Steps, festival de danse, jusqu’au 22 mai.