Cinéma

Mort d'un monument du cinéma suisse, Bruno Ganz

L'acteur et comédien Bruno Ganz est mort samedi d'un cancer à l'âge de 77 ans à Zurich. Des hommages saluent un homme «empreint d'humanité»

Bruno Ganz, né en 1941, a joué dans de nombreux films et productions théâtrales. Sa notoriété a dépassé les frontières, notamment quand il a incarné Adolf Hitler dans «La chute». L'annonce de sa mort a été faite samedi par son manager à la Frankfurter Allgemeinen Zeitung. Les médecins ont décelé chez le comédien un cancer de l'intestin en juillet dernier.

Bruno Ganz aurait dû assumer le rôle de l'orateur dans l'opéra de Mozart «La Flûte enchantée» au Festival de Salzbourg. Mais cela n'a pas été possible: Klaus Maria Brandauer a dû le remplacer.

En Suisse, Bruno Ganz a été récompensé en 2017 du Quartz du meilleur acteur pour son incarnation d'Arthur Bloch dans «Un Juif pour l'exemple», de Jacob Berger, d'après le roman éponyme de Jacques Chessex. Il a aussi reçu à cette occasion le Prix d'honneur pour l'ensemble de son oeuvre.

Une critique du film «Un Juif pour l’exemple», un meurtre antisémite, du roman à l’écran

Et son portrait Bruno Ganz, comédien et citoyen

Le Zurichois est un des plus importants acteurs de langue allemande. Maintes fois primé, il a joué dans d'innombrables productions internationales, à l'écran comme au théâtre. Bruno Ganz se fait connaître du grand public dès le milieu des années 1970 en interprétant plusieurs rôles au cinéma, notamment dans «L'Ami américain» et «Les Ailes du désir» de Wim Wenders.

Prestation exceptionnelle

En 1991, il joue dans «Sázka - Die Wette» de Martin Walz, aux côtés d'Otto Šimánek. En 2004, il incarne Adolf Hitler dans «La Chute», produit par Bernd Eichinger. Sa prestation d'acteur exceptionnelle lui vaut une nomination au Prix du cinéma européen en 2004. Il remporte en 2010 le European Film Academy Lifetime Achievement Award.

Prisé du grand public aussi bien sur le plan international que national, Bruno Ganz a joué dans plusieurs films récompensés par le Prix du cinéma suisse. En 2000, il a tourné avec Silvio Soldini «Pane e tulipani», pour lequel il obtient l'année d'après le Prix du cinéma suisse pour la meilleure interprétation masculine. En 2006, il joue dans «Vitus» de Fredi M. Murer, désigné meilleur film de fiction au Prix du cinéma suisse 2007.

«Il ne jouait pas un rôle, il le vivait»

Sa mort a été largement relayée dans la presse et suscité des réactions de toutes parts. «La scène et le cinéma perdent l'un des grands acteurs suisses», a réagi Alain Berset. «Il ne jouait pas un rôle, il le vivait.» «Même dans les rôles des méchants, l'humanité de Bruno Ganz transparaissait. C'est ce qui rend son action et son oeuvre aussi significatifs, parce qu'ils ont un effet différent et dérangeant», a écrit le conseiller fédéral Alain Berset à Keystone-ATS.

Lors de sa rencontre avec l'acteur, il a appris à connaître un personnage fantastique, qui a vécu une vie pleine avec tous ses risques et ses chances. «La cohésion de notre société le préoccupait.»

Une grande perte

Le maire de Berlin, Michael Müller (SPD) est également touché par la disparition de l'acteur. «La mort de Bruno Ganz est une grande perte pour le monde du théâtre et du cinéma germanophone.» Bruno Ganz a appartenu aux grands du métier. Membre de l'Ensemble de la Schaubühne de Berlin, il a joué avec les plus grands metteurs en scène, peut-on lire dans un communiqué de la capitale allemande.

Le maire souligne également son engagement politique. «Bruno Ganz nous manquera, nous sommes en pensée avec sa famille et nous pleurons un grand acteur.»

Le directeur du festival du film de Berlin, Dieter Kosslick, se rappelle d'une «collaboration extraordinaire.» «J'ai le sentiment que rien ne se placera sur son chemin, s'il est en route pour Der Himmel über Berlin (le ciel au-dessus de Berlin, traduction littérale du titre du film de Wim Wenders: Les ailes du désir).»

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