Cinéma

Mort d’un «salopard»

Ernest Borgnine dépose les armes

Massif, trapu, il était beau comme un crapaud. Il avait une lueur dingue dans le regard, qui assurait une plus-value terrifiante aux salauds qu’il jouait. On se souvient du sergent sadique tabassant à mort Frank Sinatra dans Tant qu’il y aura des hommes, du colonel menant des pendards dans une opération suicide (Les Douze Salopards), de Dutch, surtout, l’un des quatre desperados de La Horde sauvage, celui qui déclenche le massacre final avec un ricanement dément.

Ernest Borgnine avait les dents de la chance. Quand il souriait, il s’illuminait comme un vieil enfant. La brute était un tendre: dans Marty (1955), il joue un boucher sympathique qui revendique le droit au bonheur. Ce rôle lui vaut l’Oscar du meilleur acteur, dix ans après ses débuts tardifs.

Né Ermes Effron Borgnino en 1917, ce fils d’immigrés italiens aime le sport, pas le théâtre. Il sert dix ans dans la Navy, guerre du Pacifique incluse. Il sort désemparé de l’armée, sans métier, sans projet. Puisqu’il fait toujours le guignol, sa mère lui suggère de «faire l’acteur». Le comédien s’en souviendra: «J’étais assis à la table de la cuisine et j’ai vu la lumière. Sans plaisanter.»

Avec sa gueule et son vécu, la trajectoire qui le mène des tréteaux d’Abingdon (Virginie) à Hollywood, via Broadway, est rapide. Au cours d’une carrière couvrant six décennies, Ernest Borgnine a participé à plus de 200 films. Hormis les grands moments hollywoodiens (Johnny Guitare, Les Vikings, L’Empereur du Nord, L’Aventure du Poséidon, Le Trou noir, New York 1997…), il se taille de beaux succès à la télévision, notamment dans la série Supercopter. Pas si salaud que ça, il faisait même la voix de Mermaid Man dans Bob l’éponge

Légende d’Hollywood, Ernest Borgnine est décédé dimanche des suites d’une insuffisance rénale. Il avait 95 ans. Il a tenu son dernier rôle en novembre 2011, dans The Man Who Shook the Hand of Vicente Fernandez.

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