Le réalisateur américain George A. Romero, dont le film culte La nuit des morts-vivants a lancé le genre des films de zombies, est décédé dimanche 16 juillet à l’âge de 77 ans, a annoncé son manager. Il souffrait d’un cancer du poumon.

«Il est mort en paix dans son sommeil […] laissant derrière lui une famille aimante, beaucoup d’amis et un héritage cinématographique qui a persisté et continuera de persister, à l’épreuve du temps», a déclaré son manager dans un communiqué.

George A. Romero écoutait la bande originale de L’homme tranquille, un de ses films préférés, au moment de son décès, selon le communiqué. Sa femme et sa fille étaient à ses côtés.

Un film à 100 000 dollars

Tourné en noir et blanc, avec un budget d’à peine plus de 100 000 dollars et des acteurs inconnus, La nuit des morts vivants, sorti en 1968, raconte l’assaut d’une ferme isolée par une horde de morts sortis de leurs tombes à la suite d’une mutation. Il joue sur les frayeurs d’une époque marquée par la guerre du Vietnam, la course aux armements et la fascination pour les ovnis.

Le film, devenu un classique, a rapporté plus de 30 millions de dollars à travers le monde. Il a été suivi de cinq autres volets, tous dans la même veine, réalisés par George A. Romero, dont Le jour des morts-vivants et Dawn of the Dead. Le réalisateur avait reconnu avoir été inspiré par le roman de science-fiction Je suis une légende de Richard Matheson, paru en 1954.

Toujours fidèle à Pittsburgh

La nuit des morts-vivants a aussi donné naissance à un nouveau genre de films, devenu incontournable à Hollywood. Le film a été ajouté en 1999 au registre national des films des Etats-Unis, qui regroupe des œuvres considérées comme «culturellement, historiquement ou esthétiquement importantes».

Tous les films de George A. Romero, né en 1940 d’un père cubain et d’une mère américano-lithuanienne, ont été tournés à Pittsburgh, en Pennsylvanie, ville où il fait ses études universitaires, ou dans les alentours.


«Je préférerai toujours mes propres idées ou la possibilité de travailler librement avec des amis»

Avec John Landis, George A. Romero avait été l’invité du Festival du film fantastique de Neuchâtel en 2006. Nous proposons l’interview commune que Le Temps avait réalisée, autour de mots-clés.

L’article complet: Les maîtres de l’horreur tremblent

■ Hollywood

- Quel est votre rapport avec l’industrie du cinéma?

John Landis: Pas terrible. Le business du cinéma a énormément changé. Comme tous les médias. Actuellement, une poignée de conglomérats tiennent toute la chaîne. Ils sont beaucoup plus conservateurs que tout ce que nous avons vécu jusqu’ici. Ils laissent moins passer la subversion et compensent leur frilosité par le marketing. Savez-vous que pour vendre Quatre Mariages et un enterrement, qui avait coûté environ 5 millions de dollars, la compagnie Miramax a dépensé 40 millions de dollars? Du coup, ils ne laissent plus vivre les films: si vous ne faites pas assez d’entrées dans les trois premiers jours, vous êtes éjecté dans la semaine. A la télévision américaine, du moins sur les chaînes commerciales, la même révolution a lieu: je vous assure que des séries comme Friends ou Seinfeld n’existeraient plus désormais. Pourquoi? Parce que ces séries n’ont pas tout de suite marché. Le système actuel est un coupe-gorge.

George A. Romero: Je n’ai tourné que trois films pour les studios: Accident de parcours, La Part des ténèbres et, récemment, Le Territoire des morts. Mais j’ai énormément travaillé sur des projets hollywoodiens qui n’ont pas abouti. Deux ans sur tel film, un an et demi sur tel autre. Le pire, c’est que les studios vous paient des sommes énormes pour des films qu’ils finissent par ne pas tourner. Ils ont peur. Du coup, Hollywood produit de moins en moins de films et il n’y a plus que deux sortes de productions aux Etats-Unis: les films à 2 ou 3 millions de dollars et les films qui obtiennent 100 millions. Rien au milieu. C’est suicidaire pour toute l’industrie parce que si Superman returns s’écroule, tout le cinéma est touché.

John Landis: Les studios ne feraient plus The Blues Brothers, mais aussi, et c’est encore plus grave, Chinatown ou Le Parrain. Pourquoi? Parce qu’ils sont actuellement les filiales minuscules de compagnies mille fois plus puissantes. Universal, par exemple, représente des clopinettes pour son propriétaire, General Electric. Les échecs angoissent les studios parce qu’ils créent une image négative qui fait chuter les actions de la maison mère en bourse. Pour garder le contrôle, ils ne veulent plus des gens comme moi ou George qui expriment des opinions. Ils font travailler des exécutants qui maintiennent leurs actions à un bon niveau. Et là, ce ne sont plus les sommes négligeables qu’un film peut perdre qui sont en jeu: ce sont les milliards de dollars représentés par une chute en bourse.

Liberté

- Vous considérez-vous comme des indépendants?

George A. Romero: Oui, je suis un indépendant, même si j’ai, à l’occasion, travaillé avec des studios. Je préférerai toujours mes propres idées ou la possibilité de travailler librement avec des amis comme Stephen King, mon plus proche interlocuteur dans ce milieu.

John Landis: Moi aussi je me suis toujours considéré comme un indépendant, puisque je n’ai jamais vécu sous la coupe des studios des années 1930, 1940 et 1950 qui, eux, avaient vraiment tous les droits sur les cinéastes. C’était l’usine, mais ça marchait puisque certains de leurs films sont des chefs-d’œuvre insurpassables.

- Auriez-vous été plus heureux à une autre époque qu’aujourd’hui?

John Landis: J’envie Howard Hawks ou Ernst Lubitsch qui ont travaillé sous l’ancien système des studios.

George A. Romero: Je remonterais plus loin, dans les années 1910 ou 1920, quand le cinéma, avant même la naissance de Hollywood, se fabriquait sur la côte Est, à New York ou à Philadelphie. Tout restait à inventer et aucun système économique ne figeait encore le cinéma.

- Dans vos chemins divergents, estimez-vous avoir été libres?

George A. Romero: Absolument. J’ai toujours fait en sorte d’avoir de bons représentants qui se rendent aux réunions avec les producteurs à ma place. J’ai pu rester chez moi, caché dans le placard.

John Landis: La plupart du temps, j’ai été libre. Dans les années 1980, quand la politique des studios changeait tous les quinze jours, j’ai connu une période un peu difficile qui a culminé quand j’ai dû retourner une fin heureuse pour ma comédie Drôles d’espions. C’était une comédie qui parlait de Reagan, du programme militaire Guerre des étoiles, du Pakistan, de l’Afghanistan, de Guerre froide, et j’avais décidé de tuer tout le monde à la fin.

■ George W. Bush

- Estimez-vous que la situation est pire sous Bush que sous Reagan?

John Landis: Oh oui! Bush est un chrétien fanatique malsain.

George A. Romero: C’est vrai. Ronald Reagan, au moins, s’efforçait de réunir la population, alors que Bush a fait exploser le pays en deux camps avec son fanatisme religieux de droite. Son gouvernement a des méthodes insupportables. Tout se passe en secret et ils s’arrogent un pouvoir absolu. Il n’y a plus aucune voie médiane: c’est un camp ou l’autre. Le pire, c’est que la jeunesse ne se réveille pas comme dans les années 1960. Elle a perdu la foi. A cause de notre génération: les contestations des années 1960 n’ont mené à rien. Nous avons cru changer les consciences. Du vent absolu. La seule rébellion qui reste est individuelle, quelques personnes qui font leur numéro pour les médias.

- Qu’est-ce qui vous fait le plus peur?

John Landis: Les gens. Ils sont fous. Surtout quand ils glissent dans le fanatisme. Bush dit qu’il converse avec Dieu. Pour moi, les gens qui pensent discuter avec Dieu sont psychotiques. Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, des chrétiens fanatiques aux juifs fondamentalistes en passant par les ayatollahs musulmans. Les Etats-Unis sont un pays immense. Par conséquent, la plupart des Américains ne voyagent jamais au-delà. Moins de 10% de la population ont un passeport. Ils ne connaissent rien de ce qui leur est extérieur et croient tout ce qu’on leur raconte.

George A. Romero: Les supporters de Bush me rappellent ces types qui sont capables de dépenser 10 dollars pour écouter le sermon d’un prédicateur dans une foire, juste à côté du stand de la femme à barbe.