Fondateur du Laténium (photo ci-dessous), ancien directeur du musée, archéologue cantonal et professeur à l’Université de Neuchâtel, Michel Egloff s’est distingué par sa contribution inestimable à l’essor des recherches archéologiques régionales, par son engagement infatigable pour la valorisation du patrimoine et par le succès de ses efforts pour le rayonnement culturel du canton de Neuchâtel.

Au fil de sa carrière, il a connu de nombreuses marques de reconnaissance: officier dans l’ordre des Palmes académiques, lauréat du Prix de l’Institut neuchâtelois, titulaire de la Médaille de la médiation archéologique de l’Union internationale des sciences préhistoriques, il a connu la consécration en 2003, lorsque le Laténium s’est vu décerner le Prix du Musée du Conseil de l’Europe.

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Homme d’une grande culture, meneur né à l’autorité implacable mais capable d’un humour pince-sans-rire très fin et d’un charme redoutable, Michel Egloff (référencé sur LeTempsArchives.ch) était doté d’une énergie hors du commun, qu’il a mise au service d’une véritable vision de l’archéologie.

A ses yeux, le travail pratique sur le terrain devait en effet dialoguer avec les approches académiques plus théoriques en vue du développement des méthodes de recherche, et l’innovation scientifique la plus pointue devait être combinée avec un intense travail de divulgation publique. Pour lui, le Laténium constituait l’aboutissement de cette vision: un musée populaire, étroitement inséré dans la recherche scientifique internationale, au service de la sauvegarde de ce patrimoine régional auquel il était si fortement attaché.

A Lascaux et en Egypte

Né de parents instituteurs installés sur la Riviera vaudoise, près de Vevey, Michel Egloff s’est très tôt passionné pour l’archéologie et la préhistoire. Après des études à l’Université de Lausanne achevées par un mémoire de licence sur la céramique d’Avenches, il participe notamment aux relevés des peintures pariétales de la grotte de Lascaux ainsi qu’aux fouilles de la grotte du Lion d’Arcy-sur-Cure menées par le professeur André Leroi-Gourhan, qui dirigera sa thèse sur la céramique copte des monastères des Kellia, en Egypte, soutenue à l’Université de la Sorbonne, à Paris. Nommé professeur d’histoire au collège et conservateur du Musée d’Yverdon, Michel Egloff s’est ensuite distingué par ses fouilles de l’Abri de la Cure à Baulmes, révélant la transition complexe entre mésolithique et néolithique en Suisse.

En 1969, Michel Egloff est appelé à Neuchâtel pour y diriger le Musée cantonal d’archéologie. Conscient du haut potentiel scientifique de l’archéologie de notre région, ce jeune savant vaudois a brillamment su tirer parti de l’attachement des Neuchâtelois pour leur patrimoine, afin de contribuer à l’essor fulgurant des recherches archéologiques dans notre canton.

Une carrière brillante

Combinant bientôt les trois casquettes de directeur du musée, d’archéologue cantonal et de professeur à l’Université de Neuchâtel, il a habilement joué des atouts respectifs de ces différentes fonctions pour gagner le soutien d’instances fédérales puissantes, telles que le Fonds national suisse de la recherche scientifique ou l’Office fédéral des routes nationales.

Au fil de sa brillante carrière, Michel Egloff s’est avant tout distingué par ses capacités stratégiques remarquables dans la planification scientifique et par son habileté diplomatique dans la mise en œuvre de politiques de recherche innovantes. Sous sa direction avisée, d’innombrables gisements neuchâtelois se sont ainsi affirmés comme des sites de référence à l’échelle nationale ou internationale. Et par son engagement pour la prise en compte de l’archéologie dans la conduite des projets autoroutiers, Michel Egloff a contribué au développement pionnier, en Suisse, d’une nouvelle forme d’archéologie, dite «préventive», ainsi qu’à la professionnalisation du métier d’archéologue.

Au fil des décennies, ce sont en effet des montants exceptionnels, estimés à environ 200 millions de francs, qui ont été investis dans la recherche archéologique. Or ces travaux ont permis l’engagement de centaines de collaborateurs-trices, venu·e·s d’horizons divers, de Suisse et de l’étranger, apportant les éclairages respectifs de traditions scientifiques variées, et dont les échanges fructueux ont contribué à l’innovation méthodologique des recherches conduites à Neuchâtel.

Une vision

Au fond, Michel Egloff a été constamment porté par une vision: celle d’une archéologie exigeante mais toujours accessible, combinant théorie et pratique au service de la sauvegarde du patrimoine. Au prix d’un engagement infatigable pour la popularisation de l’archéologie, ce sont ces valeurs qui l’ont guidé dans l’œuvre de sa vie, inaugurée en 2001: le Laténium – un musée s’adressant à toutes et tous, où tout un chacun découvre «du savoir et du rêve», comme il se plaisait à le dire…


* Directeur du Laténium et professeur titulaire à l’Université de Neuchâtel.