HIP-HOP. Mos Def

The New Danger

(Geffen Records 9602498640227/Universal)

Il fait mine de rien. Petit corps sec voué aux rôles d'amuseur forain, Mos Def cache son jeu de poète sulfurique. Il suffit d'entrer dans New Danger pour saisir l'ampleur du bonhomme. Bibliothèque flambée de la culture hip-hop, qu'il déjoue dans chaque strophe, le rappeur rappelle que c'est dans sa ville (New York, le Bronx pour les intimes) que sont nés ces manières rimées, ces funks scratchés, ces beats faussement indolents. Il y a donc de l'old school chez Mos Def. Mais, comme chez Outkast, Saul Williams ou Talib Kweli, il y a surtout la conscience d'une histoire qu'il faut triturer. Ainsi, imbibé de guitares saturées, le disque rappelle les hauts temps du Black Rock quand Vernon Reid surjouait un métal noirci. L'enjeu réside là, dans ces arrangements de soul compacte, éminemment instrumentaux à la façon des Roots, qui aspire entière l'Afro-Amérique du jazz au boogie. Flûte de chicano texan, cuivres de big band ellingtonien («Sex, Love & Money»), Mos Def s'autorise tous les détours. Parce qu'il est un virtuose, capable de chanter dans le même élan les sous-vêtements féminins («Panties») et la guerre comme phénomène économique («War»). Album qui hésite entre l'assaut et la détente, The New Danger pourrait s'envisager comme un pamphlet politique s'il n'était pas si douloureusement sensuel. Ecouter «The Beggar», boléro ignifugé, pour se convaincre du chef-d'œuvre.