série tv

Avec «Mosaic», Steven Soderbergh s’endort dans l’interactivité

Avec «Mosaic, le cinéaste a voulu concevoir une série TV, avec Sharon Stone, d’abord manipulable par les spectateurs, puis proposée ces jours dans un déroulement classique. Sur ce dernier point, c’est complètement raté

Il y a déjà eu de nombreuses tentatives de fiction interactive et, dans ce contexte, la démarche de Steven Soderbergh paraît aussi intéressante que classique: les curieux ont pu composer leur fiction et maintenant, le maître propose sa vision. Avec le scénariste Ed Solomon, le cinéaste a mis au point Mosaic pour HBO. Une histoire de crime bien ancrée dans la tradition du genre: dans une station de ski de l’Utah, une auteure à succès de livres pour enfants (Sharon Stone) est assassinée dans la nuit du Nouvel An. Elle s’était querellée avec un homme qu’elle courtisait, puis s’était amourachée d’un homme qui l’avait approchée avec l’intention de l’arnaquer: les suspects ne manquent pas.

Lire aussi: «Logan Lucky», l’art du casse mené par une bande de bras cassés

D'abord une app

A l’automne, Steven Soderbergh a provoqué une petite excitation en lançant une application pour tablettes et téléphones. Par laquelle les amateurs pouvaient composer leur propre fiction, relier les fils de l’enquête à leur goût, emmêler les personnages à leur guise.

Depuis quelques jours, HBO diffuse Mosaic, la série telle que les deux compères l’ont imaginée. En Suisse, elle est proposée par Teleclub chez Swisscom TV. En toute franchise, c’est complètement raté. Il y a bien la patte Soderbergh, ce réalisme de chaque instant, cette caméra à l’épaule qui n’est jamais gadget, ce refus à la fois esthétique et idéologique du gros plan qui rend l’aventure sur petit écran foncièrement originale. Il y a la toujours somptueuse Sharon Stone.

Ca devient presque pénible

Mais Mosaic, la série sous forme classique, anesthésie son spectateur comme s’il s’ensevelissait dans les couches de neige de l’Utah. La construction perd toute originalité, le feuilleton se déroule, long comme un jour sans pain, presque pénible à force de ronronner sans éclat ni effusion.

Une série n’est pas un enchaînement mécanique de séquences. Pour proposer l’interactivité aux clients, les concepteurs ont dû segmenter leur historie de manière rigide, afin que les parties puissent s’emboîter de manière multilatérale. Afin d’obtenir une narration ordinaire, ces composants donnent une histoire sans rythme, sans lenteur ni accélération – en somme, fade. Peut-être faudra-t-il choisir entre la pure interactivité et le feuilleton canal historique.


Retrouvez tous nos articles sur les séries TV.

Publicité