Cela fait toujours son petit effet: après vingt minutes d'attente, James Garner entre dans la grande salle, suivi de près par Donald Sutherland, Tommy Lee Jones et enfin, Clint Eastwood. Les quatre mousquetaires de Space Cowboys sont là, comme sur l'affiche géante placardée en face du Casino du Lido, mais en chair et en os, souriant aux applaudissements chaleureux de la presse et pour les appareils qui crépitent. La rituelle conférence qui suit aura été typiquement anecdotique. Mais peu importe: on les a vus, on a ressenti un frisson, on a une folle envie de le transmettre.

Un peu plus tôt, un intéressant documentaire Clint Eastwood – Out of the Shadows de Bruce Ricker a fait le point. Superstar depuis trente-cinq ans, peu à peu reconnu comme artiste à part entière, Eastwood est devenu une véritable icône culturelle américaine. En soirée hier, il recevait un Lion d'or amplement mérité pour l'ensemble de sa carrière, lui qui n'a jamais eu besoin des festivals comme Venise pour se faire entendre. Bref: la fin du malentendu Eastwood pour dignement fêter ses 70 ans.

A la question de l'âge, inévitablement lancée à propos de ce film qui l'aborde avec une superbe ironie, Clint répond simplement: «Cela fait dix ans que je menace de prendre ma retraite. J'espère faire pareil pour la décennie à venir.» Le documentaire de Bruce Ricker a sans doute donné la clé de cette longévité: enfant de la Grande Dépression des années 30, Eastwood a grandi en écoutant, en observant et en apprenant, sachant attendre son heure. Pour l'image, ce laconisme et cette économie de jeu qui font plus impression que n'importe quel cabotinage. De l'autre côté de la caméra, l'homme passionné qui a toujours envie de se surpasser tout en sachant s'amuser.

On n'aura pas entendu un mot sur les ressorts profonds de l'œuvre, les rapports hommes-femmes, le masochisme masculin, l'apprentissage de la tolérance, le goût pour les losers de la vie. Ce sera pour un deuxième temps: une table ronde organisée avec le concours des Cahiers du cinéma et la lecture du bel album publié à l'occasion par la biennale (aux éditions Il Castoro), qui ne réunit pas moins d'une trentaine d'hommages de collaborateurs et critiques internationaux. Pour l'instant, on est content d'avoir vu Eastwood fidèle à sa légende, d'un calme olympien, d'une concision remarquable face aux questions-fleuves et, comme d'ailleurs ses trois compères, sagement enclin à l'auto-ironie. Une certitude, cependant: non, Space Cowboys n'est pas un gag, mais l'aboutissement (provisoire) d'un long parcours, d'une philosophie et d'un art singuliers qui méritent qu'on s'y attarde ne serait-ce qu'un moment.