Chaque semaine de l'été, «Le Temps» s'arrête sur ces «nouveaux» usages du français qui nous étonnent, voire nous horripilent.

Retrouvez tous les épisodes dans notre dossier.

«Buvons, buvons, buvons
Le sirop Typhon, Typhon, Typhon
L’universelle panacée, eh! Eh!
A la cuillère
Ou bien dans un verre,
Rien ne pourra nous résister.»

Attention: une périssologie s’est dissimulée dans les vers ci-dessus, dus à l’immarcescible Richard Anthony. Une quoi? Une «redondance normalement inutile, employée parfois pour produire un effet de style ou insister sur une idée», expliquent les dictionnaires. Autrement dit, on a là une forme de pléonasme qui serait vaguement intentionnel, et par ailleurs souvent mis au service d’une visée plus ou moins comique.

Vous avez trouvé: une panacée est par définition universelle, et Richard Anthony est un fantaisiste. La redondance, dont la périssologie est un cas particulier, est quant à elle un mode de formulation qu’on rencontre assez souvent: s’avérer vrai, incessamment sous peu, au jour d’aujourd’hui. Celui-ci est d’ailleurs particulièrement retors: aujourd’hui est en effet lui-même un pléonasme, hui (qui nous vient du latin hodie) signifiant déjà, en ancien français, «en ce jour».

Si on se fie à sa définition (cf. supra), la spécificité de la périssologie, c’est son intentionnalité. Elle est souvent difficile à déterminer: s’avérer vrai, c’est une erreur ou une blague? Pour incessamment sous peu en tout cas, plusieurs dictionnaires indiquent qu’il s’agit d’une formulation «burlesque».

Pourquoi pas. Cela dit, cette formule ne déride pas, mais alors pas du tout, l’Académie française. Le 8 novembre 2018, elle fulminait en effet de la sorte: «Incessamment est un synonyme tout proche de sous peu et il faut se garder de les employer ensemble pour en faire le par trop redondant incessamment sous peu.» La figure est même «inutilement lourde», précise-t-elle. Mais c’est peut-être, plus simplement, qu’elle a justement été forgée pour l’être.