Voici deux ans, Danièle Roth, déjà auteur d'un essai sur Nabokov, attirait l'attention avec un court premier roman, Bloomsbury, côté Cuisine (Balland), où elle montrait la romancière Virginia Woolf vue par sa domestique Nelly Boxall. Par le petit bout de la lorgnette d'une fiction cocasse et savoureuse, on apprenait ainsi beaucoup de choses sur le cénacle littéraire et artistique de Bloomsbury. Dans La Mouette juive, la fiction cède le pas au récit autobiographique pour évoquer la guerre, vécue par une petite Lyonnaise de sept ans et sa famille. A travers des scènes de la vie quotidienne – les courses, la toilette dans le tub de zinc, un dimanche au bord de l'eau – Danièle Roth se remémore ce temps de restrictions, les conversations entre adultes qu'elle comprend de travers, les questions qu'il vaut mieux ne pas poser au sujet de l'absence de ses grands-parents et de la disparition de ses cousins «partis dans le Sud-Ouest», ou de l'eau tiède qu'un «monsieur barbu vêtu de deux longues robes, une noire et l'autre blanche par-dessus», lui verse sur la tête au cours d'une cérémonie de baptême à laquelle n'assistent pas ses parents. Jouant sur le non-dit, l'écrivain suggère ainsi beaucoup, par petites touches.