Livres

Mourir à Bolzano, avec Marcello Fois

Dans «Comment nous dire adieu», l’écrivain italien entremêle une fois encore avec finesse et talent les thèmes de l’amour et de la mort

Au gré d’un parcours très riche, l’Italien Marcello Fois est passé du polar au roman familial avec une élégance sans pareille. Dans son nouveau livre, Comment nous dire adieu, il combine les deux et ajoute à ce mélange prometteur des références à la mythologie et à l’histoire de la peinture qui alourdissent quelque peu le propos. Une manière d’obliger le lecteur à sortir de l’enchantement de la langue et du récit pour réfléchir à son propre statut? Peut-être. Avec Marcello Fois – né en 1961 en Sardaigne et établi à Bologne – l’écriture doit rester une aventure et une errance, avec tous les risques que cela comporte.

«Pour un prétendu paradis, certains font de la terre un enfer: ce roman est dédié à tous les autres», prévient l’auteur en exergue de Comment nous dire adieu. Cet adieu, c’est celui que vont se dire le commissaire Sergio Striggio, 34 ans, et son père Pietro, un ancien policier ombrageux et tyrannique. Atteint d’un cancer du cerveau en phase terminale, ce dernier vient dans le Haut-Adige pour rendre visite à son fils, qui vit à Bolzano avec son compagnon Leo. Une relation homosexuelle qu’il est censé ignorer.

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Enfant disparu

Parallèlement à ces retrouvailles bouleversantes qui le replongent dans son passé, le jeune commissaire est confronté à une troublante affaire. Le petit Michele Ludovisi, un enfant surdoué, s’est littéralement évaporé de l’automobile à l’arrêt où il se trouvait avec ses parents. Le couple, visiblement, n’allait pas bien même avant cette disparition. «En voiture, écrit l’auteur, ils se contentèrent de nourrir leurs inquiétudes réciproques, étirant des silences jusqu’au point de rupture, ou les souillant de phrases quelconques.» L’enfant est-il mort ou vivant? Et quel rôle joue, dans cette disparition, le prêtre qui se trouvait providentiellement sur les lieux et qui a averti la police? Démasquer la vérité ne sera pas simple.

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Comme toujours chez Marcello Fois, Comment nous dire adieu prend appui sur la nature, le paysage et le climat – en l’occurrence le froid et la neige – pour densifier son propos. Ce sont eux qui confèrent à son récit cette dimension exemplaire et symbolique qui lui permet de tutoyer les contes et les mythes. Après l’arrivée de son père, l’un des soucis de Sergio sera d’ailleurs de bien choisir la chambre qui va l’accueillir. «Elle était parfaite, car il y avait une fenêtre qui donnait sur la pente plantée de sapins, écrit Marcello Fois. Couché – il avait fait l’essai – on pouvait voir les cimes des arbres qui sciaient le ciel.» Une dernière image offerte au mourant dans laquelle son fils projette de se placer lui-même «entre le bois et le lit pour remplir son dernier regard».


Roman

Marcello Fois 

«Comment nous dire adieu»

Traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Seuil, 378 p.

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