Emanuel Ax, c’est ce pianiste américain d’origine polonaise que l’on associe aux compositeurs romantiques, comme Chopin, Beethoven et Brahms. Mais il joue aussi très bien Mozart. Il a livré une interprétation pleine de naturel et de couleurs du Concerto n° 22 en mi bémol majeur sous la direction de Hugh Wolff, lundi et mardi soir à la Salle Métropole de Lausanne.

Des bois enchanteurs

Toute la soirée, les musiciens de l’OCL ont été mis à forte contribution avec de nombreux solos dans la suite pour petit orchestre Gli Uccelli (Les Oiseaux) de Respighi et les Variations concertantes d’Alberto Ginastera. Le chef américain Hugh Wolff, mentor du jeune Joshua Weilerstein, conjugue précision et émotion. Il met en lumière le caractère pictural de la musique de Respighi. Certaines interventions, comme celles de la hautboïste Barbara Stegemann dans «La Colombe», sur un tapis de cordes diaphanes, sont pleines de poésie. La troisième pièce («La Gallina») est une parodie fort piquante de La Poule de Rameau. A nouveau, on est séduit par la magie des bois dans «Le Rossignol» et «Le Coucou»: l’orchestration incorpore un célesta au sein d’un langage relativement classique.

Unis sur une même longueur d’onde

Visiblement unis sur une même longueur d’onde, Hugh Wolff et Emanuel Ax confèrent une certaine majesté au concerto de la soirée. Ce n’est pas du «petit Mozart», qui babille, mais un Mozart quasi symphonique par moments. Le pianiste américain joue avec naturel. Il fait chanter les phrases, ne cherche pas à imposer sa subjectivité, sans être banal pour autant. Il alterne traits délicats et accents plus francs, toujours en contact avec les musiciens de l’OCL. Il ne dramatise pas le mouvement lent (plus investi le second soir que le premier) et se montre éminemment inventif dans le génial «Rondo» final. Les nombreux passages aux bois, à l’allure de sérénade ou de divertissement de plein air, sont superbes. En bis, Emanuel Ax a joué l’Impromptu op. 29 de Chopin lundi soir et le Nocturne op. 15 no 2 mardi, tous deux au ton aristocratique.

Enfin, les Variations concertantes d’Alberto Ginastera ont permis d’apprécier tous les pupitres de l’orchestre. Sitôt après l’énoncé du thème par Catherine Marie Tunnell au violoncelle et Letizia Belmondo à la harpe, d’autres solistes de l’OCL se sont distingués par leur musicalité. Entre un folklore très typé et une tendre mélancolie, cette œuvre s’avère pleine de richesses.