S’il est un artiste au ton subjectif, c’est bien Fazil Say. Très applaudi vendredi soir au Victoria Hall de Genève, le pianiste turc ouvrait la série des «Grands Interprètes» de Caecilia avec deux Concertos de Mozart (KV 414 et 467). Il était accompagné par l’Orchestre de chambre de Bâle qui interprétait en première partie la 5e Symphonie de Schubert.

Jouant sans chef d’orchestre, debout pour la plupart, les musiciens cultivent une sonorité homogène et transparente dans cette symphonie de jeunesse qui s’inscrit dans le sillage de Mozart. Il y a là une certaine fraîcheur, de l’élégance, mais l’on regrette l’absence d’un chef qui imprimerait une lecture plus affirmée à l’œuvre. Trop lisse.

Un toucher subtil mais parfois brutal

Fazil Say, lui, ne manque pas de personnalité. Son Mozart est séducteur, enjôleur, imaginatif, avec une dose d’impertinence, mais que d’effets et d’intentions! Et que dire de ses mimiques incessantes? Autant on aime la vivacité du trait, la façon de dynamiser le discours comme si on était à l’opéra, autant il surcharge la partition d’intentions parfois douteuses. Le toucher varie d’un lyrisme à fleur de peau, subtil, très délicat, à quelques accents trop brutaux comme s’il jouait du Beethoven. On dirait qu’il joue au gré de l’humeur de l’instant, avec spontanéité certes, mais sans une conduite très rigoureuse du discours.

Un personnage de théâtre

Son comportement sur scène du reste évoque un personnage du théâtre. Tout est sculpté, modelé, un peu à outrance (avec, par moments, des soudains contrastes de nuances dynamiques). Ce qui pourrait passer pour un dépoussiérage heureux et sans complexes de Mozart ne convainc pas vraiment. Les meilleurs moments sont lorsque Fazil Say laisse parler la musique d’elle-même. L'«Andante» du Concerto KV 467 recèle de beaux moments – même si par instants, il s’abandonne à une touche de sentimentalité. Les cadences écrites par lui-même sont amusantes, mais elles ne s’intègrent pas dans l’architecture globale des oeuvres.

Au fond, ce jeu tout en traits mordants et espiègles sied magnifiquement aux Variations «Ah, vous dirai-je, Maman» de Mozart jouées en bis. Là, on applaudit, avant le beau mouvement lent de la Sonate KV 332, interprété avec sensibilité, quoique à nouveau un peu affecté dans ses épanchements.