Le pari était risqué: pour la première fois en Suisse, une radio (Espace 2) et un orchestre (l'OSR avec son chef Marek Janowski) ont mis à disposition des navigateurs du Net des fichiers MP3 à télécharger gratuitement. Une semaine à disposition pour écouter et réécouter les prestations de la phalange romande qui se produisait dans le cadre de son récent Festival Mozart à Genève.

Sept jours plus tard, alors que cette opération inédite s'est achevée vendredi, les premiers chiffres font état d'un succès phénoménal: 140000 internautes se sont connectés sur le site de la deuxième chaîne de la Radio suisse romande pour télécharger les œuvres mozartiennes. Ils l'ont fait essentiellement depuis la Suisse et la France, et, en mesure moindre, depuis la Belgique et le Canada.

Cette secousse majeure pour la musique classique est d'une magnitude qui a surpris la RSR. Pris d'assaut par pas moins de 50000 contacts dans la seule journée du 6 novembre, le site web de la radio a dû faire face à une panne qui a bloqué le serveur pendant quelques heures.

Puis, c'est un nouveau problème qui est survenu: «Les auditeurs se sont rapidement manifestés pour nous signaler la mauvaise qualité du son, explique Alexandre Chatton, chef adjoint du secteur multimédia du département des programmes de la RSR. Il s'est avéré que les outils que nous utilisons habituellement pour créer des fichiers MP3 n'étaient pas compatibles avec la musique classique jouée live. Les auditeurs les plus avertis dans les domaines, ont mis le doigt sur un problème que nous avions diagnostiqué dès le début et que nous avons pu solutionner rapidement.»

Le classique désenclavé

Toutes proportions gardées, le raz-de-marée qu'a connu cette opération en rappelle un autre. Voilà plus d'une année, la BBC Radio 3 proposait neuf concerts en succession et avait déclenché 1,4 million de téléchargements.

Pour Pascal Crittin, directeur d'Espace 2, ce succès ne fait que confirmer l'inanité de la querelle sur la qualité des supports utilisés pour le classique, qu'ils soient numériques ou sous forme de CD. «De nouvelles perspectives s'ouvrent désormais, se réjouit-il. J'ai pu constater, en navigant sur des blogs, un nombre important de commentaires de férus du téléchargement qui ont pu accéder à notre proposition. Ce ne sont pas des mélomanes, cela veut dire qu'on a touché un nouveau public, qui, autrement, n'écouterait pas de musique classique.» Dès lors, le Net serait ce deus ex-machina capable de désenclaver un genre musical consommé par une minorité.