Les Mummenschanz pointent le bout de leurs masques et les foules se mobilisent, partout en Suisse. Sur le coup de 19 h 30, samedi soir, ils étaient un millier à se presser dans le hall du Bâtiment des Forces Motrices à Genève. Les néophytes rêvaient d'une orgie visuelle, les fidèles feuilletaient leurs albums imaginaires, passant en revue les exploits de Bernie Schürch, Floriana Frassetto et Andres Bossard (décédé en 1992), vingt-huit ans d'apesanteur poétique à travers le monde. La plupart étaient prêts à tout pardonner aux faiseurs de merveille. Même un retard d'une heure sur l'horaire prévu, faute à la technique soudain flagada. C'est donc à 21 h que Next, nouvelle production des Mummenschanz, a pris son envol pour une traversée qui se répétera à guichets fermés jusqu'au 13 avril (voir «Samedi Culturel» des 8 et 9 avril).

Oiseaux de nuit, les Mummenschanz commencent par lancer un lasso de lumière sur fond d'encre, avant d'orchestrer la transe des matières. Ce sont d'abord deux pierres molles qui, la bouche grande ouverte, semblent prêtes à engloutir le public. C'est ensuite un ballet de cartons jaunes (ceux que la poste fournit pour nos paquets), qui font l'ascenseur dans le vide, avant de papillonner, coléoptères éphémères. L'art du quatuor (au tandem de base se sont adjoints Jakob Bentsen et Raffaela Mattioli) consiste à jouer les filles de l'air sous les masques et à faire entendre plaintes de carton et hymne de papier. Les Mummenschanz hypnotisent donc toujours. Est-ce à dire que cette fantasmagorie est mémorable? Pas sûr. D'abord parce que le second round du spectacle, marqué par l'apparition des acteurs transformés en hommes-brouettes, amuse sans sidérer. Ensuite parce que les images de Next ont beau être rares, elles restent volatiles. Ces visions-là se consomment sur place, sans laisser beaucoup de traces.

«Next» se joue aussi à guichets fermés au Théâtre du Jorat à Mézières, du 3 au 7 mai et au Palace de Bienne, le 24 mai.