Lecture

Les derniers secrets du mur de Berlin dévoilés

Il y a l’histoire. Et il y a les hommes. Alors que le monde entier avait, ces jours-ci, le regard tourné vers la commémoration de la chute du mur de Berlin, le livre de Michel Meyer ne nous replonge pas seulement dans les événements survenus voici vingt-cinq ans. Il nous brosse les portraits des hommes qui, dans les coulisses sombres de ce changement dramatique, rendirent ces événements possibles. Ou ne parvinrent pas à les empêcher.

L’ombre omniprésente du KGB

Pas de grande analyse géopolitique ici. Pas de fresque historique au sens large. Mais un récit pointu, aiguisé, centré autour de quelques personnalités que l’auteur, alors correspondant permanent à Bonn, eut la chance de rencontrer. Avec trois initiales omniprésentes: celles du KGB, dont les stratèges ont compris très tôt que la stalinienne RDA d’Erich Honecker n’était plus viable, et plus supportable pour le Kremlin. Autre personnage central: le chancelier «rhénan» Helmut Kohl, que Michel Meyer côtoya alors de près. «Il m’a mangé dans la main», lâche-t-il un jour, à propos de son homologue est-allemand, le bien palot Egon Krenz. Le rapport de force est établi. Kohl, homme d’intuitions, prompt à cerner les personnalités, sait qu’il pourra acheter la réunification. Ce qu’il fera, y compris, révèle le livre, à coups de valises remplies de millions de Deutsche Marks, acheminées de l’Ouest vers l’Est.

La partie la plus passionnante de l’ouvrage, parfois un peu long par son souci des détails et de restitution des dialogues, est celle consacrée aux luttes internes au sein du tout-puissant service de renseignement soviétique. «La réunification ne s’explique qu’au profit d’un retour sur les cafouillages, incompréhensions, rivalités, cachotteries et luttes de clans», affirme l’auteur qui décrit, réunions après réunions, la bataille entre les deux factions du KGB: celle des germanistes de Valentin Faline et Nikolaï Portugalov, et celle d’Anatoli Tcherniaev, le confident de Mikhaïl Gorbatchev alors encore maître de l’URSS. Les premiers plaident pour une sorte de confédération allemande, sous une «maison commune européenne». Tchernaiev, lui, veut se débarrasser de l’Allemagne dont il craint la puissance qu’elle retrouvera un jour. La bagarre est sans merci. Le mur tombera parce que Gorbatchev aura décidé, comme le préconisait Tchernaiev, de couper le cordon entre Moscou et Berlin-Est. A charge pour le ministre des Finances de la RFA Theo Waigel, effaré par le coût de cette réunification à la hussarde, de passer ses nuits à «additionner mentalement les chiffres à six ou huit zéros».