Le poche de la semaine

«La Maritza, c’est ma rivière…», a chanté Sylvie Vartan. Moi qui n’oserai pas chanter, je me contenterai…»

Genre: Nouvelles
Qui ? Scholastique Mukasonga
Titre: Ce que murmurent les collines
Chez qui ? Folio, 178 p.

C’est pour dresser à sa famille un «tombeau de papier» que Scholastique Mukasonga est devenue écrivain. Presque tous les siens ont disparu dans les massacres de Nyamata en 1994. Dans Notre-Dame–du-Nil (Prix Renaudot et Kourouma en 2012), elle montrait comment la tragédie du Rwanda se préparait déjà dans les années 1970. Ce que murmurent les collines est plus doux, encore imprégné du bonheur de l’enfance même si on y perçoit les prémices des horreurs à venir. Les explorateurs ont cru trouver dans la rivière Rukarara (qui donne son titre à la première nouvelle) une des sources du Nil et dans les éleveurs tutsis, les descendants des pharaons. Les privilèges que les colons ont octroyés puis repris à ces éleveurs sont à l’origine des haines fratricides entre éleveurs et nomades, entre Hutus et Tutsis. Les six nouvelles parlent de la beauté des paysages, d’une vie bucolique, des légendes que racontait la mère. «Titicarabi» est un hommage malicieux à l’école publique – lecture de la Bible et des Contes de Monsieur Seguin. «Le bois de la croix» montre la méfiance envers les pratiques des missionnaires. «La vache du roi Musinga» témoigne de l’amour du bétail et des rapports complexes entre colonisateurs et potentats locaux. «Un Pygmée à l’école» révèle les luttes internes à la société rwandaises où les Pygmées jouent le rôle de boucs émissaires. Enfin, Annonciata, qui a la malchance de perdre ses enfants en bas âge, incarne «le Malheur» et son village l’ostracise. Elle reconstruit sa vie ailleurs tandis que ses concitoyens doivent assumer leur propre «Malheur» sans plus pouvoir l’en accuser. A travers ces récits, Scholastique Mukasonga dépeint la société rwandaise de sa jeunesse avec une acuité teintée d’humour.

Scholastique Mukasonga sera au Festival Histoire et Cité, à la Maison de Rousseau et de la littérature,à Genève, le 16 mai à 11h.