Et si l’humanitaire était un tableau, un film, une photo? Comment matérialiser en une œuvre les défis et enjeux du domaine? C’est la question que se posent chaque année les futurs artistes genevois dans le cadre du Prix Art Humanité. Depuis 2015, l’institution récompense la création (art visuel, design, cinéma) d’un étudiant ou d’une étudiante de la HEAD reflétant la valeur fondatrice de la Croix-Rouge et, a fortiori, de Genève: l’humanité.

On se souvient bien de Tristan Bartolini et de sa typographie épicène, alphabet fusionnant adroitement masculin et féminin qui lui avait valu le premier prix l’an dernier. Ces ligatures inclusives, ainsi qu’une trentaine d’autres œuvres primées ou nominées, s’invitent en ce moment au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR).

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L’exposition Concerné.e.s s'inscrit dans une volonté du MICR, celle d’aborder l’humanitaire autrement. «Ce n’est pas seulement un lieu où l’on vient apprendre, mais aussi où un dialogue se tisse entre les acteurs du secteur, les artistes et les visiteurs», détaille Philippe Stoll, spécialiste en communication humanitaire du CICR et co-concepteur de l’exposition.

Montres menstruelles

Après les affiches historiques de la Croix-Rouge, sorties de leurs tiroirs l’an dernier, le musée laisse place au regard d’une jeune génération et aux thématiques qui la touchent. Identité, genre, migration, minorités, elles se dévoilent au fil de l’exposition, accompagnées d’interviews audio des artistes expliquant leurs démarches. Comme la designer Laure Rogemond, qui a proposé aux migrants du Centre de la Roseraie de raconter leurs périples à travers des cartes et des pictogrammes – des dessins qui montrent, avec simplicité, l’humain derrière les statistiques. Ou Yace Banks, dont les photographies étoffées de pagnes éclairent la condition des femmes dans les zones rurales du Sénégal.

Certains formats surprennent. Diplômée en design joaillier, Iris Gigon a inventé une montre permettant aux femmes de suivre et de se réapproprier leur cycle menstruel. Le film de Farah Fauriel met en images, hypnotiques et lumineuses, les sensations éprouvées par les personnes souffrant du syndrome d’Asperger. Quant à l’étrange machine de Marta Revuelta, elle détermine, grâce à l’intelligence artificielle, le degré de dangerosité du visiteur…

Incarnation des dérives du profilage et de la robotisation des guerres, son œuvre, comme toutes les autres, donne corps aux questions complexes de l’action humanitaire. Et en enfante de nouvelles, sous la forme de post-it collés au mur par les visiteurs, pêle-mêle: aider aujourd’hui, plutôt «un toit ou du wifi?»


«Concerné·e·s», Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, jusqu’au 26 septembre.