Le contenu avant le contenant. C’est le mot d’ordre du nouveau projet du Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH). Le rapport de la commission externe chargée de réinventer un avenir pour le musée propose de penser les collections avant l’architecture. Un contre-pied au projet sèchement refusé par les Genevois le 28 février 2016. Le Conseil administratif de la Ville a accepté cette nouvelle proposition à l’unanimité.

Les objets d’abord, donc. «Nos collègues internationaux se sont émerveillés devant les collections», explique Roger Mayou, directeur du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et coprésident de la commission chargée du rapport avec Jacques Hainard, ancien directeur du Musée d’ethnographie de Genève. La commission a auditionné pendant un an des professionnels de musées, des universitaires et des spécialistes du patrimoine.

Une collection de référence sur l’histoire de Genève

L’idée retenue est de créer une exposition de référence sur l’histoire de Genève, des origines à nos jours. «Les Genevois aiment qu’on parle d’eux», s’amuse Jacques Hainard. Des «cabinets» de collections spéciales viendront s’ajouter à cette exposition. Mais le nouveau MAH, ce sera aussi des expositions temporaires sur des thèmes internationaux et un centre scientifique pour les chercheurs et les étudiants, pour «raffermir les liens distendus entre le musée et l’université», selon Roger Mayou. Le tout s’articulera autour d’un espace d’accueil avec notamment lieux de conférence, librairie et restaurant.

Et le lieu, dans tout cela? Le campus muséal restera dans son écrin d’origine, l’emblématique bâtiment de Marc Camoletti, rue Charles-Galland. Mais il sera aussi rénové et agrandi sous les deux cours des Casemates ou sous la butte de l’Observatoire pour faire une salle de 1500 m² destinée aux expositions temporaires, qui rejoindrait le bâtiment occupé par la Haute Ecole d’art et de design (HEAD). Quant au Musée Rath et à la Maison Tavel, affiliés au MAH, leur avenir reste encore flou. Le musée Rath sera pendant le temps de fermeture du musée une «Maison du projet», sorte de vitrine du futur campus. Par la suite, les deux musées seront détachés du MAH, mais rien de concret encore sur la façon dont ils seront exploités.

Pas de déménagement donc, une solution qui avait été envisagée. «Nos collègues de la commission [parmi lesquels on trouve la directrice du Musée des Confluences de Lyon et le président-directeur du Louvre de Paris] ont souligné l’opportunité exceptionnelle d’avoir un tel musée au cœur de la cité, avec le bâtiment de la HEAD qui se libère. On ne peut pas la négliger», défend Jacques Hainard.

Un coût incertain

Le coût, problématique avec le projet de Jean Nouvel, reste encore incertain. «Je n’ai pas de chiffre, mais je ne pense pas qu’il sera plus bas que les 132 millions du projet précédent et je vois mal Genève l’assumer seule. Il faut que l’on trouve des sources de financement», concède Sami Kanaan, conseiller administratif chargé de la Culture.

Là où le projet de Jean Nouvel avait pu être jugé trop ambitieux, cette nouvelle option ne risque-t-elle pas de se voir reprocher l’inverse? «Non, puisqu’elle s’inscrit au cœur de l’ADN genevois. Si on avait choisi un nouveau lieu, on nous aurait demandé ce qu’on faisait du site de Charles-Galland.»

L’idée ayant été validée, le projet sera travaillé avec les collaborateurs du musée jusqu’en décembre. Des spécialistes s’occuperont au printemps prochain de définir la proposition en termes d’espace afin d’avoir un crédit d’étude au parlement et de lancer, enfin, fin 2018-début 2019, un concours d’architecture.