Exposition

Le musée de demain sera toujours plus interactif

Au Musée d’art et d’histoire de Genève, seize exemples de «musées du XXIe siècle» dessinent les contours d’établissements bien ancrés dans leur environnement, et appelés à drainer un large public dans leurs murs et bien au-delà

Mise en abyme de l’entité muséale, la présentation à Genève des Musées du XXIe siècle – une exposition qui voyagera ensuite dans diverses régions du monde – fait du contenant le contenu. Confiée à Art Centre Basel (et à sa sous-directrice, Katharina Beisiegel, co-commissaire aux côtés de Bertrand Mazeirat), la manifestation met en avant seize musées en germe et en devenir, des pays nordiques à l’Afrique, de l’Occident à la Chine. La scénographie de David Meyer est soignée, forcément pourrait-on dire puisqu’il est question de projets architecturaux, où chaque musée est représenté, dans un cabinet ouvert et sur un sol blanc brillant, par une maquette, des photographies, un film et parfois des croquis.

L’exposition met naturellement en valeur les ouvrages signés d’architectes le plus souvent réputés, mais également leur contexte, la ville ou la nature environnante, et le contenu de l’écrin, qui va de l’art contemporain à la «black culture» ou à la bande dessinée chinoise.

Retour à l’essentiel

Ces objets, au sens noble du terme, que sont les maquettes, dans des matériaux divers – plâtre, carton, plexiglas, résine, verre, bois d’érable, pierre, bronze même –, sont là pour témoigner d’un véritable phénomène qui caractérise le domaine culturel des trente dernières années. Et que permet de visualiser, à l’entrée des salles, un panel montrant l’éclosion des musées au fil des siècles; leur nombre, en trente ans, a doublé. Et les institutions ainsi sorties ou en passe de sortir de terre – ou de la mer, comme sur l’île de Pingtan en Chine, ou de la terre ocre de la steppe désertique, par exemple au Soudan – arborent un visage inédit. Aux bâtiments ambitieux, qui sont des attractions en soi, comme le Guggenheim de Bilbao, se voient préférés des musées de moindre envergure, qui ne sont pas moins originaux, mais qui relèvent d’une certaine modestie.

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Pourquoi ces musées-là? Parce que, expliquent les commissaires de l’exposition, ils sont significatifs des tendances de cette nouvelle génération de musées. Des musées attentifs – à travers des citations intégrées par les cabinets d’architectes qui les conçoivent – au patrimoine dans lequel ils s’inscrivent, et dont les façades portent des allusions symboliques aux fonds conservés; des musées qui privilégient «un retour à l’essentiel», à savoir leur vocation première de conservation. Sans oublier le dialogue avec le public, et même un retour plus actif de la part de celui-ci, invité à interagir, notamment via les moyens numériques, avec les œuvres et les équipes du musée. On notera encore que, longtemps cantonnés à l’Europe et aux Etats-Unis, les musées ont essaimé dans les régions les plus reculées, et moins riches.

Parler librement

L’exposition, qui dévoile les formes du Zeitz Museum of Contemporary Art Africa, au Cap (créé par le Heatherwick Studio sur la base d’un silo à grains), du Kurdistan Museum en Irak (Studio Libeskind), du Meixi Lake International Culture & Arts Center en Chine (des contours très improbables voulus par Zaha Hadid Architects), du Palestinian Museum (Heneghan Peng Architects, un bâtiment qui, contrairement au précédent, refuse le spectaculaire), offre des exemples de cette dispersion.

Mais les modèles sélectionnés ne sont pas tous éloignés. L’extension réussie du Kunstmuseum de Bâle et le doublé de Platform 10 à Lausanne font partie du lot. N’en fait partie, en revanche, aucun modèle genevois: si l’exposition s’inscrit dans le cadre des réflexions autour de la rénovation dont le Musée d’art et d’histoire a un urgent besoin, il s’agissait, selon son directeur, de «parler librement», loin des projets et des controverses.

Enfin, cet événement, qui inclura, les 1er et 2 juin, un colloque international, comble un vide puisque le monde francophone est assez peu coutumier des expositions d’architecture. La rupture qui s’est dessinée au milieu des années 1980 – au moment des travaux du Grand Louvre à Paris – se voit ainsi thématisée, et la réflexion prolongée, dans l’exposition, par des bornes numériques qui permettent au public de répondre à un certain nombre de questions. Exemple de l’interactivité que prônent désormais les musées.


«Musées du XXIe siècle. Visions, ambitions, défis». Musée d’art et d’histoire, Genève, jusqu’au 20 août. Ma-di de 11h à 18h.

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