Ils sont allongés sur la paille, bienheureux. Dans la campagne japonaise du XVIe siècle, le potier Genjuro et son beau-frère Tobeï se reposent après avoir passé la journée à cuire pots, bols et cruches. «Ils ne vivent plus que pour ce four. Corps et âmes», constatent leurs femmes. A tel point que, lorsque leur village se trouve attaqué cette nuit-là par des soldats, Genjuro tente de sauver sa dernière fournée au péril de sa vie.

Chef-d’œuvre du Japonais Kenji Mizoguchi sorti en 1953, Les Contes de la lune vague après la pluie (Ugetsu Monogatari) suit les destins de deux paysans sur les rives du lac Biwa qui, déracinés par le tourbillon de la guerre civile, se retrouvent aveuglés par le désir, leur soif d’honneur et de profits – avant de s’en retourner chez eux. Une tragédie d’une poésie et d’un esthétisme fous avec, au centre, le tour de potier – instrument de travail mais aussi symbole de l’homme qui revient éternellement à son point de départ. Pas si étonnant donc de redécouvrir, presque 70 ans plus tard, des fragments de ce récit hypnotique à l’Ariana.