Cet hiver le Musée Rath propose la première vue d’ensemble des collections d’horlogerie et de bijouterie du Musée d’art et d’histoire de Genève, depuis la fermeture en 2002 du Musée de l’horlogerie et de l’émaillerie situé à Malagnou. Foisonnante, l’exposition comprend un millier de pièces, des chefs-d’œuvre qui se mesurent en millimètres à la «pendule de parquet» de plus de deux mètres de haut. Le néophyte découvrira des instruments tels que le drille de bijoutier ou la boule réflecteur faisant office d’amplificateur de clarté. Le mécanisme de l’horloge du temple de la Fusterie, réalisé par des horlogers de gros volume en 1714, rappelle l’époque où l’usage de garde-temps ne s’était pas encore démocratisé. La muséographie rend justice au raffinement des objets, qui allient la technique et l’esthétique.

Maître d’œuvre de la manifestation, Estelle Fallet insiste d’une part sur les différents métiers permettant la réalisation de pièces aussi précises et minutieuses, de l’autre sur l’activité des collectionneurs et le glissement des ensembles privés aux collections publiques. Si un volet prestigieux du patrimoine genevois s’ouvre aujourd’hui (après dix ans d’ombre), c’est grâce à la passion de l’amateur, «grippé» du XVIIe siècle, «curieux» du XVIIIe et «sauveteur» du XIXe. Montres, bijoux et miniatures ont quitté l’espace domestique pour gagner ce lieu d’exhibition et d’étude, le musée. Un musée qui renaît ainsi avant l’heure, après le traumatisme causé, en 2002, par le cambriolage de la villa Bryn Bella à Malagnou, qui a appauvri les collections abritées en ce lieu depuis 1972.

Dans l’atmosphère feutrée des salles attentivement surveillées du Rath, les objets brillent d’un éclat particulier, que ce rappel du passé rend émouvant. Egalement, on l’a vu, un hommage aux «cabinotiers», ces ouvriers de la Fabrique, qui réunissait les métiers liés à l’horlogerie, travaillant dans leurs «cabinets» sous les toits, dans le quartier de Saint-Gervais, l’exposition propose des reconstitutions de ces ateliers, à l’ancienne. Cette partie didactique, au sein de laquelle on peut manipuler des rouages et découvrir les entrailles d’une montre, ne saurait faire oublier les pendules et morbiers, les montres de poche, avec ou sans mécanisme musical, les tabatières ciselées et émaillées, les pendules à simple ou double cadran, les broches et les vases Art nouveau, puis Art déco, les nécessaires de couture ou de toilette, les flacons de parfum et les médaillons en or, laque rouge ou noire, corne, cristal, serpentine, corail ou verroterie.

Les motifs réalisés par les peintres, miniaturistes et émailleurs, méritent une mention à part, tant leur délicatesse séduit, paysages aériens et plus souvent portraits. La manière de Limoges, qu’illustre un grand plat en grisaille dont le décor est obtenu grâce à des couches successives partiellement grattées, adoptée par les artistes locaux, contribue à la réputation de l’horlogerie genevoise, qui en fait un usage judicieux. Autre versant intéressant, le bijou d’auteur renouvelle l’approche du corps…

L’horlogerie à Genève. Magie des métiers, trésors d’or et d’émail. Musée Rath (place Neuve, Genève, tél. 022/418 33 40). Ma-di 10-18h (me 20h). Jusqu’au 29 avril.