Utiliser son temps, ou le gaspiller? Gaspiller son temps à faire de l'art et de la politique, ou faire de l'art et de la politique pour le gagner? Ces questions sont posées par l'exposition présentée jusqu'au 5 janvier au Migros Museum; Ökonomien der Zeit (Economies du Temps). Le musée continue sa série d'expositions thématiques lancée par sa nouvelle directrice Heike Munder. Après L'Inconscience collective au début de l'année, puis un assemblage étrange, cet été, d'œuvres traitant des utopies artistiques des années 1960 et 1970 – qui s'intitulait sans qu'on ne sache encore pourquoi St Petrischnee –, la jeune Allemande accueille une collaboration entre le Migros Museum et le Ludwig Museum de Cologne. Selon les commissaires de l'exposition, Hans-Christian Dany et Astrid Wege, notre perception quotidienne du monde est de courte durée et notre attention ne se porte que sur l'actualité immédiate. Ökonomien der Zeit s'interroge quant aux effets de cette éphémère attention sur l'évolution des pratiques artistiques. Pour prendre quelques exemples parmi plus de 25 artistes présents, on remarquera les Trente-neuf objets de grève de Jean-Luc Moulène, photos de vestiges de l'industrie française détournés par des grévistes, comme ce paquet de Gauloises imprimé en rouge et marqué du sigle de la CGT ou cette photo du cadavre du terroriste Holger Meins, mort lors d'une grève de la faim. On notera aussi les assemblages d'Edson Barrus, dans Boca Livre, qui a plié des milliers de paquets de cigarettes et de filtres de joints pour en faire des guirlandes ou des étoiles; la vidéo de Hans-Ulrich Obrist sur les «fichiers secrets de Gilbert & George»; les sublimes réalisations encore d'Andree Korpys et Markus Löffler sur le World Trade Center et le Pentagone.

Ökonomien der Zeit, Migros Museum, Zurich. Jusqu'au 5 janvier.