Il est rare qu'un projet culturel soit accueilli avec pareil enthousiasme: les crédits pour la construction du Centre Paul Klee ont été plébiscités par les citoyens de la ville de Berne avec 78% des suffrages. Les Bernois ont montré leur volonté de voir construire ce musée unique, il abritera 40% de l'œuvre de l'artiste et aura une architecture (imaginée par Renzo Piano) et une conception muséographique uniques (les enfants y seront rois). Le projet n'avait pas d'adversaire, et les crédits votés ne constituent qu'un dixième du coût (11,3 millions sur 115), le reste venant de la Fondation Maurice et Martha Müller (60 millions), de sponsors (25 millions) et du canton (près de 24 millions).

Il n'est pas courant qu'une décision soit si claire. Elle engage l'avenir, entre autres le fonctionnement de l'établissement (auquel la commune de Berne contribuera) et contraste avec les tergiversations entourant d'autres projets culturels. A Genève, il a fallu des décennies pour que soit prise la décision de construire un nouveau musée d'ethnographie, et des oppositions surgissent déjà, entre autres sous la forme d'un référendum que vient de lancer le PDC. A Lausanne, le projet d'un nouveau musée des beaux-arts est déjà l'objet d'un vif débat. Il est vrai que ces deux projets ne peuvent compter sur une contribution privée aussi considérable que le Musée Klee, d'autant que le rang occupé par Klee dans l'histoire de l'art du XXe siècle et la valeur du patrimoine qui sera réuni à Berne sont incomparables. Mais il ne faut pas minimiser la signification de ce vote: il est possible de réunir les énergies, de vaincre les obstacles, de lever les réserves qui entourent de tels investissements culturels.